Au XVIIIe siècle, la communauté villageoise de Cuchery entretient une école. Faire remonter la naissance de cette école au Moyen Âge paraît plausible, si nous tenons compte de l’existence, déjà perceptible dans les archives du XIVe siècle, d’administrateurs communaux qui ont dû avoir besoin d’une certaine maîtrise de la lecture, voir de l’écriture et du calcul, ainsi que de maîtres pour leur apprendre.
C’est le conseil du village qui reçoit le maître, autrement désigné recteur ou clerc, quand il prend ses fonctions sous le contrôle du prieur de Belval qui faisait parfois des dons en faveur de l’école. Ainsi, Jean-Louis Carbon, prieur de 1743 à 1789, a-t-il laissé une somme de 1000 écus à Belval pour l’instruction des enfants pauvres et l’achat de livres de classe. Nous ignorons cependant si ce don n’a concerné que Belval ou bien s’il a été partagé avec Cuchery et La Neuville. L’évêque de Soissons et le curé sont les garants de la morale et de la doctrine catholique qu’il transmet aux enfants. En même temps, il leur apprend la lecture, l’écriture et quelques règles d’arithmétique. En 1769, l’évêque de Soissons interdit aux clercs de son diocèse de tenir taverne et « aucun trafic incompatible avec leur charge », ils doivent avoir « les cheveux modestes », porter le surplis pendant le service divin et n’ont pas à remplacer le curé pour chanter les vêpres du dimanche. Lorsqu’ils sont mariés, ils ne peuvent « servir les curés en qualité de domestiques » et « comme ils sont du corps du clergé, ils en reçoivent les honneurs, l’eau et le pain bénits, l’encens, les rameaux et autres choses semblables avant tous seigneurs et gentilshommes ». Cependant, l’évêque surveillait-il assidûment ce maître qui, habitant à 55 kilomètres de Soissons, n’était pas si facile que cela à joindre ?
La maison d’école est fournie au maître par les villageois, accolée au presbytère, faisant office de logement et se contentant d’un mobilier scolaire rudimentaire. Les filles comme les garçons fréquentent cette maison quelques mois dans l’année, surtout l’hiver. L’évêque demande d’ouvrir l’école de huit à onze heures le matin et de deux à cinq heures l’après-midi. L’écolage est payant pour une grande partie des élèves selon un tarif que les archives ne donnent pas1. L’école n’accueille que les enfants de paysans, les quelques rares enfants qui ne le sont pas disposant d’un précepteur avant d’entrer dans un collège urbain pour les garçons ou une institution religieuse pour les filles.
En principe, le maître doit veiller à ce que filles et garçons ne se mélangent pas. Son enseignement, comme celui de ses collègues, a dû suivre la méthode individuelle, tenant probablement en compte les moyens matériels de la famille de l’élève.
Le nom du maître ne figure pas toujours sur les rôles d’imposition locaux, car il est souvent exempté. La documentation laconique ne nous permet pas de formuler des hypothèses sur sa formation, ni sur les raisons qui le poussent à exercer ce métier. Par vocation ? Par défaut, parce qu’il n’a pas hérité de terres à cultiver ?
Mesurer l’efficacité des maîtres constitue une tâche compliquée, le relevé des signatures des conjoints dans les actes de mariage peut aider à s’en faire une idée imparfaite. Leur analyse laisse supposer que l’ alphabétisation a pu progresser au cours des XVIIIe et XIXe siècles. 50 % des conjoints savent signer dans la première moitié du XVIIIe siècle, contre 15 % de conjointes. Ces taux atteignent 64 % en 1800, 85 % en 1820 et enfin 100 % au début du XXe siècle, aussi bien chez les conjoints que chez les conjointes. Néanmoins, signer son nom ne signifie pas que l’écriture soit bien maîtrisée, parfois les lettres sont très mal formées ou détachées et grosses, comme celles des enfants en début d’apprentissage. Sans parler de l’orthographe approximative.
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Pour beaucoup d’habitants du vallon de Cuchery, déchiffrer les lettres ne veut pas dire lecture fluide et compréhension du texte. Parmi eux, très peu possèdent des livres. En novembre 1733, dans l’inventaire après décès du vigneron Pierre Lemaire, à La Neuville-aux-Larris, dont la veuve ne sait même pas écrire son nom, figurent trois livres de piété : Bréviaire à l’usage du diocèse de Soissons, Office de la semaine sainte et L’imitation de Jésus Christ. Ces ouvrages ont-ils été achetés ou bien offerts par le curé de la paroisse afin de connaître les prières, la liturgie de l’Eglise catholique et guider la vie des paroissiens ? A cette époque, le livre L’Imitation de Jésus Christ était tantôt lu en silence tantôt à voix haute devant la famille et des voisins lors des veillées. Nous n’avons semble-t-il pas trace de livres profanes que l’on achetait généralement auprès de colporteurs. Après l’incendie de Cuchery du 1er juillet 1776, un seul sinistré déclare la perte de livres, à savoir le curé, dont la bibliothèque « assé considérable » a été consumée. Les élèves de l’école de Cuchery ou leurs parents avaient-ils profité de cette bibliothèque dont nous ne connaissons pas la composition ? Incluait-elle des livres de classe, et dans quelle proportion ? Le maître d’école ne déclare pas de perte de livres ou de matériel scolaire3. Ce drame a été relaté dans la presse de l’époque, tels le Journal de Politique et de Littérature et la Gazette de France. Par combien de Cucheriats ces journaux ont-ils pu être lus ?


Deux journaux dans lesquels a été rapporté l’incendie de Cuchery du 1er juillet 1776 . Le Journal de politique et de littérature précise qu’on peut s’y abonner dans les bureaux de poste et les librairies
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Les maîtres d’école au XVIIIe siècle

1714 Guillaume Poudras. Vu son patronyme, pourrait être natif de Cuchery.
1716-1719 Jean Lechaume.
1720-1729 Jean Decarme, époux d’Antoinette Legros, précédemment clerc de Villers-Allerand. Il semble qu’il soit originaire de Damery. Après avoir quitter Cuchery, il est parti enseigner à Condé-en-Brie.
? – 1757 Pierre Lestranger, originaire de Tours-sur-Marne. Epouse tardivement une cucheriate, Elisabeth Gé, en 1743 et est maître d’école jusqu’à son décès, à l’âge de 62 ans. En 1750, le bureau de bienfaisance lui accorde 50 livres pour enseigner gratuitement aux enfants du village. Il a formé au moins un futur maître d’école, Claude Follet, né au foyer du sabotier, Claude Follet et Jeanne Gé, demeurant à Menicourt. Claude Follet a été maître d’école à Nanteuil-la-Fosse. On le retrouve, en 1787, copiste d’inventaires d’archives du chapitre et de la ville de Reims.
1757-1759 Jean-Baptiste Decarme, fils de Jean Décarme et époux de Marie-Suzanne Marsaille. Il a quitté le village après les décès de sa mère, son fils et sa femme, tous emportés au début de l’année 1759. A l’enterrement de son épouse, ses deux collègues : Estienne Lesterlin, clerc de Belval et Jean-Baptiste Vivien, clerc de La Neuville-aux-Larris, sont venus l’assister.
1759-1789 Jacques Chevry, époux de Jeanne Suzanne Lacroix depuis 1757, se fixe à Cuchery à l’âge de 30 ans. Originaire de Pourcy où son frère, Gabriel, est également clerc et son père, François, manouvrier bûcheron. Jacques a enseigné deux années à Nanteuil-la- Fosse avant d’exercer à Cuchery. Aucun de ses sept enfants n’est devenu maître d’école, mais tous savent au moins écrire leur nom au bas de leur acte de mariage. Deux de ses fils sont devenus vignerons dans le village. En 1776, Cuchery compte environ 73 enfants âgés de 5 à 13 ans. Combien parmi eux fréquentent alors l’école ? La taille que Jacques acquitte n’atteint même pas deux livres, tout en bas de l’échelle des taillables, laissant deviner de maigres revenus. Le prieur de Belval lui demande parfois de tenir lieu de greffier en sa justice. En bons termes avec ses collègues, clercs de Baslieux et La Neuville-aux-Larris, il les invite au mariage de son fils Jacques Nicolas le 15 juillet 1788.

Au début de l’année 1789, on voit Jacques participer à la rédaction du cahier des remontrances de la paroisse de Cuchery, dans lesquels ne figurent pas d’articles consacrés à l’enseignement, qui n’est pas le souci majeur de la population. Le 8 avril, il perd sa petite fille venant de naître au foyer de Jacques Nicolas. Au mois de décembre 1789, dix jours avant son décès, Jacques verse sa part au don patriotique, soit la somme de 3 livres. Avoir mené presque toute sa « carrière » à Cuchery laisse imaginer qu’il a pu donner satisfaction tant du côté de ses multiples supérieurs hiérarchiques que de celui des parents d’élèves. C’est le maître qui a été le plus longtemps au contact du nouveau catéchisme du diocèse de Soissons. Ce catéchisme rédigé en 1756, sous le contrôle de l’évêque de Soissons, François de Fitz-Jasmes, censé combattre les philosophes des Lumières, se divise en plusieurs niveaux. Le niveau débutant, vendu séparément au prix modique de 3 sols, s’adresse aux enfants qui apprennent à y lire et à le réciter à l’école, dans un français éloigné du parler champenois.
1790-1795 Louis Lhermitte, fils du maître d’école de Troissy, époux de Marie-Louise Louis, la fille du chirurgien de Cuchery. Entre décembre 1793 et octobre 1795, l’enseignement est gratuit et la nation est censée rémunérer le maître au prorata du nombre d’élèves. Les archives du district d’Epernay fournissent un nombre dépassant la centaine d’élèves à Cuchery. A quelle pédagogie le maître a-t-il bien pu recourir pour enseigner à un tel nombre ? Et pour quels résultats? En 1800, Louis Lhermitte exercera à Chouilly et, en 1802, à Leuvrigny. Un de ses fils est mort à la guerre, en 1814, à Hambourg, à l’âge de 21 ans.
1795-1802 Eloy Armand. Né à Braine en 1763, il a précédemment servi à Champlat. A La Neuville-aux-Larris également, où la commune lui avait versé une partie de sa rémunération en nature, en lui procurant un logement ainsi que du bois de chauffage et du vin fournis par les administrés qui le voulaient bien. Au début de l’année 1795, son salaire annuel s’élève à 1200 livres.
Le 12 septembre 1798, l’administration départementale envoie un arrêté à toutes les municipalités exigeant que les instituteurs fassent usage des livres suivants :
- L’Alphabet républicain;
- Le Catéchisme de la Constitution française, précédée de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen;
- La Morale des bonnes gens ou l‘Evangile républicain;
- Le Catéchisme français du citoyen La Chabaussière.
Ces livres doivent être achetés par les parents ou distribués gratuitement aux élèves pauvres. Les dispositions de cet arrêté départemental ont-elles été appliquées à Cuchery ?
LES MAÎTRES ET MAÎTRESSES D’ECOLE AU XIXe SIÈCLE
Au XIXe siècle, les maîtres et maîtresses d’école nommés à Cuchery sont originaires de la Marne ou de départements voisins. Ils restent dans le département après leur passage dans le village, qui ne dure en moyenne que six ans et se situe pour la plupart au début de leur carrière. Presque tous mariés et parents de deux enfants en moyenne (avant de quitter le village), ils sont recrutés après vérification de leur probité et de leur moralité. A partir de 1816, les candidats doivent, en principe, être âgés de 18 ans accomplis et détenir un brevet de capacité, puis dès 1833, un brevet élémentaire. Il leur arrive souvent d’exercer d’autres activités que l’enseignement afin d’améliorer un peu leurs revenus ou de conforter leur influence.
En tant que secrétaire de mairie et logeant dans la mairie-école, l’instituteur est assuré d’informations sur la population dont il se distingue par son langage, son instruction et sa mise. Il doit rendre des comptes à la commune et à l’Etat. Des comptes également, jusqu’aux lois Ferry, aux parents d’élèves qui paient la scolarité, dont le poids a été fluctuant, et enfin à l’Eglise catholique puisqu’il doit enseigner l’histoire sainte, accompagner les élèves chantant à l’église, y faire le ménage à certaines occasions et sonner la cloche pour la prière. Il est, en outre, chargé de la conduite de l’horloge communale.
1802 François Regain, né en 1769, originaire des Ardennes. A son recrutement, en décembre, la municipalité lui demande d’aller porter l’eau bénite chez les habitants pendant les vendanges et sonner le réveil des pressureurs à quatre heures du matin. Le préfet décide que pour la rémunération fixe du maître, la commune prélève deux francs par foyer fiscal. Au titre de secrétaire greffier, 30 francs lui sont alloués. Le maître reçoit également des parents d’élèves un droit d’écolage qui varie en fonction du nombre d’élèves et de leur classe selon un tarif fixé par la commune. Son école compte cinq « classes », c’est-à-dire cinq niveaux d’apprentissage : l’alphabet, la lecture, l’arithmétique, l’arithmétique première règle et la règle de division.
1805 Pour l’écolage des enfants indigents, le maître reçoit 150 francs du bureau de bienfaisance de Cuchery à l’année. L’école est ouverte de la Toussaint à Juillet.
1807 Gaston Collard, époux de Marie Engélique Parisot.
1811-1812 Jean Maxime Barthélémy Maingot, né à Cormoyeux, enseignant précédemment à Champfleury, époux de Marie-Hélène Pognot. Il a le droit faire une quête de vin durant les vendanges et une autre en mars pour le bois. On lui rappelle qu’il doit enseigner le catéchisme.
1813, 1816 Jean Louis Bocquet, époux de Marguerite Lavergne, né à Monthelon dans la Marne.
1817-1818 M. Percheval, puis Nicolas Couvreur, précédemment instituteur de Damery, à qui le conseil municipal confie son secrétariat et la rédaction de la nouvelle matrice cadastrale.
1822, 1825 Jean François Culpin, époux de Marie-Adélaïde Grave. Originaire de Lemé dans l’Aisne où son père était garde-bois.
1826-1841 Jean Léonard Cormon, époux de Marie-Jeanne Baudier, né à Reims, arrivant de Bouleuse. Son père était tisseur à Sainte-Euphraise. Pendant la vendange, il est toujours tenu de sonner la cloche du village, cette fois-ci à trois heures du matin, afin d’établir l’ordre des travaux, conservant en échange le droit à la quête du vin et du sarment. Il s’est établi ensuite à Champlat et a pris sa retraite à La Neuville-aux-Larris où il se faisait appeler « le tisserand », sa seconde profession probablement. Ses revenus lui ont procuré suffisamment d’économies qu’il a placées, par exemple en 1866 dans des actions de la Société anonyme algérienne.
1833, 1834 La loi Guizot stipule que le traitement fixe du maître ne pourra être moindre de 200 francs pour une école primaire élémentaire et, si la commune ne dispose pas de revenus suffisants pour y faire face, elle peut s’imposer extraordinairement, jusqu’à hauteur « de trois centimes additionnels au principal des contributions foncière, personnelle et mobilière ». A Cuchery, le conseil municipal ne s’est pas contenté de verser le salaire minimum au maître d’école, grâce à l’imposition extraordinaire il y a ajouté un supplément, considérant « qu’il convient de lui assurer une existence honorable […] et lui donner une rétribution proportionnée à ses travaux ». De son côté, le bureau de bienfaisance accorde une petite somme pour l’achat de livres, papier, plume et encre aux écoliers. A partir de 1834, les maîtres doivent suivre la méthode simultanée comme modèle d’enseignement, celui de Cuchery a-t-il appliqué cette nouvelle règle à la lettre ?
1841 Nicolas Clément Dubois, époux de Marie Rose Séraphine Fleury. En décembre, le jeune couple perd deux enfants âgés respectivement de six ans et seize mois, puis quitte le village.
1842-1854 Jean Baptiste Cormon, fils de Jean Léonard Cormon, époux de Constance Bazin. En 1848, sur les 125 enfants de Cuchery âgés de 5 à 15 ans, 112 fréquentent son école, tous admis gratuitement. Jean Baptiste Cormon est suspendu pour six mois en 1850, avec privation de traitement et de logement. Le gouvernement a dû le mettre au pas, comme bon nombre de ses collègues. En 1851, selon les mois, l’effectif d’élèves varie entre 66 et 91. Au mois de juin, la commune fournit au maître des tableaux présentant la nouvelle méthode de lecture6. Sa rémunération fixe en 1852 se monte à 340 francs, versée par la commune, à laquelle sont ajoutés 100 francs pour les frais de la classe. Le bureau de bienfaisance joint 260 francs.
Quand sévit le choléra, en 1849 et 1854, l’instituteur a servi fidèlement de déclarant et témoin au maire afin de rédiger les actes de décès. A-t-il vraiment en personne constaté les décès des cholériques ? Si on ne prenait pas garde, ce constat pouvait se révéler dangereux. D’octobre 1854 à 1873, Jean Baptiste Cormon enseignera à Louvois.
1854-1856 Simon Lecompère, qui vit avec sa nièce. Nommé en octobre 1856 à Cormontreuil.
1856-1861 Félix Vely, époux de Marie-Jeanne Aubert, précédemment à Thillois.
C’est le préfet qui fixe le nombre d’élèves admis gratuitement à l’école. Pour les enfants de plus de 7 ans, les parents paient 1,2 franc par mois et pour ceux de moins de 7 ans, 80 centimes. Un abonnement annuel est possible, fixé à 7,80 francs.
1861-1871 Alexis Dumont, époux de Julie Poitrine. Celle-ci devient l’institutrice après que la commune, peuplée d’environ 480 habitants, ait obtenu l’autorisation en 1864 d’ouvrir une classe de filles. D’après la loi Victor Duruy, seules les communes de plus de 500 habitants avaient l’obligation d’entretenir financièrement une école de garçons et une de filles. Le couple Dumont-Poitrine, qui a donné naissance à cinq enfants à Cuchery, a été le premier à enseigner dans la nouvelle mairie-école inaugurée à cette époque. En 1869, M. Dumont fait classe à 45 garçons et, l’hiver, donne des cours du soir à 26 adultes masculins pour un traitement de 840 francs. Tandis que Mme Dumont tient une classe de 45 filles et les soirs d’hiver donne des cours à 10 femmes, ainsi que des cours de tricot à 30 élèves, tout cela moyennant un traitement de 700 F. Les cours de tricot étaient-ils silencieux ou bien l’occasion de bavarder, voir de placer des leçons orales d’histoire, d’instruction civique…?
Le 7 février 1871, lorsque les soldats prussiens enquêtent afin de retrouver les fusils cachés dans le village, Alexis Dumont est arrêté à 8 h 30, en pleine classe devant ses élèves, soupçonné d’en détenir. Comme les soldats n’ont rien obtenu, il a été relâché. Tout le reste de sa vie, il sera meurtri qu’on l’ait suspecté, avec d’autres, d’avoir dénoncé l’abbé Miroy à l’occupant prussien7. Julie Dumont, déjà malade en février 1871, va mourir chez ses parents à Ventelay le 19 mai 1871, elle n’a que 30 ans. Alexis Dumont se retrouve quelque temps en charge des deux classes, récompensé pour cette surcharge de travail par une indemnité que lui verse la commune. A la rentrée 1871, il est instituteur à Cramant où il va se remarier.
1871-1876 Jean-Pierre Potier et sa fille, Marie Dionise Potier qui dirige des travaux d’aiguille.
1874-1875 Une caisse des écoles est créée par la commune le 15 février 1874, destinée à aider les indigents, sous forme de dons en nature : papier, plumes, livres, vêtements, nourriture. Afin de récompenser les élèves les plus assidus, cette caisse finance des livrets de caisse d’épargne, attribués à parité égale entre filles et garçons. En 1875, ce sont des livres que l’on remet à la distribution des prix. Les statuts de la caisse des écoles seront précisés à nouveau en septembre 1882.
1876-1878 Eugène Bruneaux et son épouse, Marie-Eugénie Thomas. 87 °/° des garçons et 93 °/° des filles, âgés de 5 à 15 ans, sont alors scolarisés à Cuchery.
1878-1882 Jules Malaise et son épouse, Marie Gobinot. En 1880-1881, le couple assure avec zèle, selon le maire, des cours du soir à 25 adultes, dont 7 femmes. Au mois de mai 1882, aucun élève de Cuchery ne figure sur la liste des reçus au certificat d’études. Il se pourrait bien que Jules Malaise n’ait pas présenté de candidats cette année-là, situation qui se reproduira parfois avec ses successeurs.
1881 à 1889 Avec les lois scolaires Ferry et Goblet, l’école primaire, laïque et gratuite devient obligatoire, confiée à du personnel laïque. Les instituteurs titulaires sont désormais des fonctionnaires d’Etat qui les nomme et les rétribue. A Cuchery, leur activité rémunérée de secrétariat de mairie est reconduite, la commune continue à les loger et leur verse une indemnité de déménagement. A en croire les statistiques sur la fréquentation scolaire de l’époque, l’assiduité des élèves cucheriats a été bonne, tout comme le fonctionnement de la caisse des écoles.
1882-1894 Léon Robin et son épouse, Constance Vignon. Léon Robin vient juste d’obtenir son certificat d’aptitude pédagogique quand il prend son poste à Cuchery en octobre 1882. A cette rentrée, l’école de filles est remplacée par une classe enfantine destinée à recevoir les enfants de 3 à 8 ans. Pour assurer son fonctionnement, la commune a dû aménager la salle de classe et le mobilier. Chacun des deux enseignants conduit désormais une classe mixte. L’épidémie de rougeole de l’hiver 1886 a décimé deux enfants et deux nourrissons à Cuchery, en conséquence l’école a dû fermer pour éviter un plus grand désastre.
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Léon Robin couche sur le papier le fruit de ses recherches sur l’histoire de l’école du village. Il a puisé ses informations dans les archives communales, auxquelles il a facilement accès, puisqu’il est secrétaire et arpenteur de la mairie. Souhaite-t-il intéresser ses élèves ou leurs parents à l’histoire du village ? En 1883, le programme scolaire lui demande d’enseigner quelques bases de l’histoire nationale. Dans une instruction générale du 31 juillet 1887, le ministère de l’Instruction publique proposera que les instituteurs rédigent des monographies des écoles communales en vue de préparer la présentation de l’enseignement primaire public à l’Exposition universelle de 1889.
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1894-1905 Emile Mitelette et son épouse, Mathilde Bigot. M. Mitelette a été auparavant instituteur libre. Il s’occupe d’une bibliothèque scolaire de 125 volumes, prêtés à 258 élèves et familles du village. Ressemblait-elle à la bibliothèque populaire de Belval-sous-Châtillon dont l’inventaire nous est conservé aux Archives départementales ?
En cette époque de montée du nationalisme et de promotion de l’éducation physique, les instituteurs sont invités d’une façon pressante à préparer leurs élèves les plus âgés au championnat de tir scolaire. Emile Mitelette en 1894 et ses successeurs ont -ils répondu à cet appel ?9. A la Neuville-aux-Larris, l’école a participé. En 1904, M. Mitelette reçoit un prix départemental de 50 francs pour sa bonne direction de l’école.
LES MAÎTRES ET MAÎTRESSES D’eCOLE DE 1905 AUX ANNEES 1960
Des couples continuent à être nommés, l’institutrice a en charge les petites classes tandis que l’instituteur enseigne aux grands.
1905-1912 Albert Thénault et son épouse, Blanche Gérard. M.Thénault a donné également des cours pour adultes.
1912-1920 M. et Mme Lemaire. La guerre déclarée par l’Allemagne pendant les vacances scolaires, le trois août 1914, a changé soudainement l’ambiance parmi les élèves à la rentrée. Mme Lemaire va tenir la classe du certificat d’études à la place de son époux mobilisé. En juin 1916, le conseil municipal lui attribue une gratification personnelle de 200 francs et une autre, en juillet 1917, de 100 francs. En 1919, l’Etat accorde l’égalité salariale entre instituteurs et institutrices.
1920-1941 M. Férat et Mme Férat, née Devauversin. Le couple enseignait précédemment à Linthelles. Arthur Férat, né à La Neuville-aux-Larris en 1881, de père instituteur originaire de Connantre, s’installe à Cuchery en octobre 1920, ayant déjà perdu une première épouse âgée de 23 ans, en 1907. Pendant la Première Guerre mondiale, mobilisé 45 mois dans les troupes combattantes de chasseurs à pied, il en est revenu caporal. Son courage au combat du 7 octobre 1916, près de Montdidier, lui a valu la Croix de guerre sur palme, étoile de bronze. A sa démobilisation, on a dû le mettre en repos à cause de son ultime blessure à la jambe droite le laissant mutilé et appareillé. Après la guerre, il obtient la Médaille de la Victoire. Les rapports d’inspection de ce non-normalien mentionnent qu’il est devenu un maître tenant bien sa classe, exerçant une bonne influence sur la population, apprécié pour ses activités post et périscolaire tels ses cours de préparation à l’examen de greffage et ses cours pour adultes. Sans oublier ses petites sorties botaniques, emboitant en cela les pas de son beau-père. A l’occasion, on le sollicite pour arpenter les propriétés, la chaîne d’arpenteur fait alors partie du matériel scolaire. Le système métrique a certes fini par s’imposer à partir de 1833 mais les Cucheriats emploient toujours les arpents et les verges pour mesurer leurs superficies.

Écolières costumées devant l’école de Cuchery
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En 1933, la demande de mutation pour Tinqueux de M. Férat laisse supposer qu’il espérait une promotion ou bien des élèves plus assoiffés de savoir. En juillet 1934, le ministre de l’éducation nationale le nomme officier d’académie. Pour la rentrée 1940, bien qu’ayant droit à la retraite, il demande à rester en poste afin d’aider son épouse, jugeant que l’arrivée d’enfants de réfugiés surchargeait les classes.

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Arthur Férat, en tant que secrétaire de mairie et instituteur, a entretenu des relations tendues avec le maire. En particulier avec Pierre Lefèvre, en poste de 1929 à 1943, qui lui a reproché de gaspiller les fonds de la caisse des écoles. M.Férat, le 8 mai 1936, déclare que le maire est « l’ennemi des fonctionnaires ». Celui-ci, sous le régime de Vichy, dénonce les négligences de son secrétaire de mairie et sa gestion douteuse des fonds destinés à la commune, en particulier lorsqu’il était trésorier secrétaire de la coopérative de Reconstruction. Son passé d’instituteur syndicaliste et de militant à la SFIO le dessert, l’obligeant à cesser son secrétariat. Il n’apprécie guère le régime politique de la France et l’occupation allemande. Sa famille pas davantage, puisqu’un de ses fils, son gendre et son neveu, devenus FFI, s’impliqueront en 1944 dans des opérations de résistance près de Dormans. Arthur Férat a fini par s’installer à Ay, où il meurt tragiquement le 28 août 1944, abattu par des soldats allemands qui battaient en retraite en tirant sur les passants.
1941 Mme Férat et une institutrice adjointe. M Férat, 60 ans, est instituteur honoraire. Le couple Férat libère deux pièces pour loger l’adjointe.
1942-1946 M. et Mme Martelle L’instituteur redevient secrétaire de mairie et son épouse maîtresse de couture. Tous les deux ont dû se plier aux ordres du régime de Vichy qui leur demandait de diffuser un message favorable à la collaboration et au culte du maréchal. M. Martelle a laissé le souvenir d’un maître fâcheusement sous l’emprise de l’alcool pendant certains cours complémentaires du soir, de mathématiques notamment, devant de grands adolescents qui tentaient de garder patience. Tandis que Mme Martelle faisait répéter aux jeunes gens du village des pièces de théâtre jouées au profit des prisonniers de guerre dont certains étaient pères d’élèves.
1946-1949 M. et Mme Defraire. Celle-ci est aussi maîtresse de couture.
1949-1953 M. Gérard Une classe a fermé, Mme Gérard est cependant maîtresse de couture. Le samedi après-midi, elle apprend aux filles de 10 à 14 ans à faire des ourlets, des points de toutes sortes et de la broderie, dans un coin de la salle de classe, tandis que dans un autre, les garçons s’appliquent à dessiner des figures géométriques et des frises.
1953-1960 M. et Mme Evrat.
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POÉSIE DU 11-NOVEMBRE
Levez-vous triomphants !
C’est le jour symbolique, auréolé de gloire,
Où parmi des tombeaux apparut la victoire !
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Morceau d’une poésie récitée par les élèves de M. Evrat devant le monument aux morts.
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1960- … M. et Mme Domange.



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NOTES
- Les droits d’écolage s’ajoutent au salaire versé pour son travail d’assistant du curé. ↩︎
- Archives départementales de la Marne. Etat civil. Naissances, mariages, décès. Cote : 2 E 224/3 à 224/11. ↩︎
- La liste des incendiés ne compte qu’un seul habitant affirmant avoir perdu des archives écrites, Rémy Bardoux, maréchal-ferrant, qui a vu partir en fumée ses mémoires, billets et registres. S’il en était l’auteur, il avait bien dû apprendre à calculer et écrire, probablement auprès du maître d’école. Notons au passage que la destruction des billets de reconnaissance de dette pouvait fournir aux débiteurs une belle occasion d’échapper au remboursement ! ↩︎
- Encyclopédie de Diderot, d’Alembert et de Jaucourt (1751-1772). ↩︎
- Archives départementales de la Marne. Etat civil. Naissances, mariages, décès. Cote : 2 E 224/3 à 224/11. ↩︎
- Aux tableaux de lecture viendront progressivement s’ajouter les tableaux de poids et mesure, de calcul… qui ne doivent pas être confondus avec le tableau noir de la salle de classe. ↩︎
- Voir : Le destin tragique de l’abbé Miroy ↩︎
- Photographie d’un timbre de 2016. ↩︎
- Cuchery a eu sa société de tir. En août 1894, elle compte 27 membres dont 10 pupilles et l’instituteur en fait partie . En 1908, elle a pour nom La Vedette, rattachée au 46e Régiment territorial d’infanterie de la 6e armée. Dans les années 1930, son stand se tenait à l’entrée d’ Orcourt. ↩︎
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SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
Archives départementales de la Marne. Registre des baptêmes, mariages, sépultures de la paroisse de Cuchery 1681 à 1792. Cote : 2 E 224/1 et E Dépôt 520 à 529.
Archives départementales de la Marne. Etat civil. Naissances, mariages, décès. Cote : 2 E 224/3 à 224/11.
Archives départementales de la Marne. Délibérations municipales. Cote : E Dépôt 13246.
Archives départementales de la Marne. 3 L 67 , 1 L 1246.
Archives départementales de la Marne. Dénombrements de la population de Cuchery de 1836 à 1975. Sous-série 122 M.
Archives départementales de la Marne. Registres matricules du recrutement militaire. Sous-série 1 R.
Archives départementales de la Marne. Enseignement primaire Cote T 34 et une Lettre du Commissariat spécial de Reims n°2356 du 17 août 1942. Cote : 1 T 1231.
Archives départementales de la Marne. Dépôts depuis 1940. Cote : 133 W 350.
Archives départementales de la Marne, Sous-Préfecture. Reims. Cote : 3 Z 72.
Archives municipales de Cuchery. Registres des délibérations du conseil municipal de Cuchery de 1800 à 1910 (consultés en 1976).
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Témoignages oraux de Cucheriats recueillis entre 1975 et 2012.
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Bulletin des lois de la République française. 1789 à1931.
Le Journal officiel de la République française. Lois et décrets. 1881 à 1950.
Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims 26 et 27 mai 1881.`
Le Petit Troyen 20 octobre 1882.
L’Indépendant rémois 5 mars 1886.
Ordonnances synodales du diocèse de Soissons, Ponce Courtois, imprimeur de Monseigneur l’évêque, Pierre Nicolas associé, Soissons, 1769.
L’enseignement élémentaire en Champagne, dans Travaux de l’Académie de Reims. 161e volume. Reims, 1982.
Emmanuelle Chapron, Des livres pour les écoles du peuple ? Économie et pratiques du texte scolaire en Champagne au XVIIIe siècle, Article dans Histoire de l’éducation, 127 | 2010, pp 7-34.
Roger Chartier, Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, L’éducation en France, du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Sedes-CDU, 1976.
Sylvette Guilbert, Les écoles rurales en Champagne au XVe siècle : enseignement et promotion sociale, article dans les Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public.. Année 1981. pp 127-147.
Jean-Pierre Husson, La Résistance dans la Marne, CRDP Champagne-Ardenne, 2013.
Dominique Julia, L’enseignement primaire dans le diocèse de Reims à la fin de l’Ancien Régime, dans Annales historiques de la Révolution française. Année 1970. Numéro 200. pp 233-286.
Gilles Rouet, Ecoliers, instituteurs et stratégies scolaires, dans Compter les Champenois, Centre d’études champenoises. Presses universitaires de Reims. 1997.
Jean de Viguerie, Les catéchismes enseignés en France au XVIIIe siècle. Première approche, article dans Revue d’histoire de l’Eglise de France. Volume 82, Année 1996. Numéro 208. pp 85 à 108.
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