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Fin du XIe siècle L’abbaye bénédictine de la Grande-Sauve près de Bordeaux, fondée par saint Gérard de Corbie en 1079, reçoit une terre qui est à l’origine du prieuré de Belval. Selon certains médiévistes, notamment Jackie Lusse, nous devons cette fondation « aux largesses de la famille des Roucy ». Jean-Baptiste Renault avance que le prieuré de Belval et celui de Chaintrix près de Châlons-en-Champagne ont été fondés en même temps aux alentours de 1083 à 1089, grâce à la générosité de Guermond, appartenant à la famille des Châtillon, fils de Thibaut Anguille. Guermond aurait donné à la Grande-Sauve « un breuil, un pré, des bois et de multiples revenus à Cuchery ».
La terre de Belval se niche à l’amont du ru de Belval. Formé à sa source des ruisseaux des Aunettes et de la Petite Vente, puis grossi par ceux des Marais, des Aulnes et de la Maquerelle, ce ru va rejoindre le ru de Camp juste avant de se jeter dans la Marne. Au point de confluence, le vallon de Belval, dont l’altitude maximale atteint environ 250 mètres, rencontre le territoire de Châtillon-sur-Marne, bourg fortifié qui va devenir chef-lieu d’une châtellenie relevant des comtes de Champagne. Ces derniers ont été accueillants aux petits ordres religieux. Les évêques du diocèse de Soissons dont dépend le vallon à cette époque ont mené la même politique. Une poignée de moines est donc venue ici défricher une partie de la forêt et les marais. Ont-ils fait appel à des manants venus de Cuchery, de Baslieux, deux terres déjà habitées dans le même vallon, ou bien de plus loin ? Ainsi, ont-ils fondé le prieuré et, probablement séduits par la beauté du lieu, lui ont donné le nom de Notre-Dame de Bellavali .
XIIe siècle Les communautés de Cuchery et de Belval disposent chacune d’un finage, un cimetière et une église, celle de Belval est en fait la chapelle du prieuré. Le prieur de Belval est devenu le seigneur temporel et spirituel des deux villages, puis plus tard de La Neuville-aux-Larris, détenant des droits sur d’autres territoires sis à Romigny, Anthenay, Reuil (où Thibaut Anguille lui a cédé la dîme qu’il y percevait), Festigny et probablement déjà Savigny-sur-Ardre. Alors que dans le vallon d’autres communautés religieuses disposent elles aussi de biens et revenus, à savoir l’abbaye Notre-Dame Saint-Corneille de Compiègne à Cuchery et Belval, l’abbaye Saint-Pierre d’Hautvillers, les prieurés de Binson et de Longueau à Baslieux-sous-Châtillon. Les abbés de la Grande-Sauve visitaient parfois leurs nombreux prieurés, au moins 76 à la fin du XIIe siècle, mais toute trace des circonstances de ces visites paraît perdue pour ce qui est du prieuré de Belval. Il semblerait que les prieurs jouissaient d’une certaine autonomie de gestion, du moins tant qu’ ils faisaient fructifier le prieuré.
1127-1130 Des bienfaiteurs font des dons au prieuré. Parmi eux, figurent Rainard Peigne-Chien de Montfélix, une domina Hersendi de Montefelici, ses fils Gui et Rainard, et un dominus miles, nommé Hugo Alesnellus de Montefelicio. Montfélix, « village » disparu de nos jours, se situait sur le finage de Chavot-Courcourt à vingt kilomètres de Belval.
1141 Le comte Thibaut le Grand confirme les possessions de Belval à l’abbaye de la Grande-Sauve.

1167, 1169, 1178 En 1167, le bien nommé Henri le Libéral, comte de Champagne et de Brie, donne au prieuré de Belval sa dîme sur Cuchery, dîme qu’il a enlevée à Oleardus de Baslieux, la liberté d’aller vendre certains produits au marché de Châtillon, sans payer de minage, ainsi que ses droits sur les possessions de l’abbaye Notre-Dame Saint-Corneille de Compiègne à Cuchery. Deux ans plus tard, Henri ratifie l’échange fait entre Etienne, le prieur de Belval, et Hugues de Chaumeli, (Chaumuzy). Ce dernier lui cède un fief qu’il tenait du comte à Cuchery, contre une terre à Anthenay. Le fief relèvera de Guermundi de Castellione (Châtillon). En 1178, Henri prend sous sa garde à Cuchery et Belval chacun des tenanciers des terres de Notre-Dame Saint-Corneille de Compiègne, afin de les défendre contre d’injustes avoués. En contrepartie, il réclame de chaque manant un setier d’avoine et 6 deniers.
1170 Pierre de Celle, docte abbé de Saint-Remi de Reims, écrit à Pierre de Didonne, abbé de la Grande-Sauve, pour lui recommander le prieur de Belleval .
1197 10 mai Le nom de Belleval figure dans une bulle de Célestin III, au palais de Latran, dans laquelle le pape énumère, pour les confirmer, les possessions de l’abbaye de la Grande-Sauve.
XIIIe siècle Des Juifs on-ils vécu à La Neuville ? Il s’en trouve à cette époque en Champagne, dispersés tant en ville qu’en campagne, notamment à Châtillon-sur-Marne en 1288. Une rue des Juifs a existé à La Neuville-aux-Larris jusqu’en 2005.
1207 L’ abbé de La Grande-Sauve, Amauvin, s’associe à Blanche de Navarre comtesse palatine de Champagne pour démembrer une partie de Bellevale et fonder un village nommé Villeneuve-aux-Larris, alias La Neuville-aux-Larris, sur les hauteurs septentrionales du vallon de Belval1. Ils font venir des manants, qui ne peuvent être ni des hommes de la comtesse ni des hommes du prieur, afin de défricher la forêt des Larris. La Neuville aura un maire nommé par le prieur, sept échevins et des jurés qui rendront la justice et percevront des amendes. Le prieur aura l’autel et la dîme. Le comte de Champagne et le prieur devront se partager pour moitié les revenus et rentes sur La Neuville. Les habitants devront verser 12 deniers par tête, une gerbe sur 14 récoltées, une redevance en foin, la taille, des taxes sur la vente de leurs maisons. Ils auront le droit de chasse, de bâtir, sans rien payer : four, moulin à bras et atelier; ou auberge en payant une redevance. Ils devront aider le comte à payer la rançon s’il est fait prisonnier. En cas de guerre, ils seront soumis à une journée et une nuit de service militaire. Au-delà, c’est le comte qui devra les entretenir. Ils auront l’usage du bois des Larris, le droit d’acheter des terres sur les finages de Belval ou Cuchery. Leurs biens reviendront au comte et au prieur s’ils n’ont pas d’héritiers… (la fin de la charte est perdue).
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« Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité. AMEN.
Moi, BLANCHE, Comtesse palatine de Troyes, et MOI, Amauvin, par la grâce de Dieu, Abbé de Sainte-Marie de la Grande-Sauve, à tous présents et à venir, faisons savoir : que nous nous sommes associés pour construire à frais communs en notre bois sis après Belval, vulgairement appelé la forêt de Larris, un nouveau village… »3
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1209 novembre Blanche, comtesse de Champagne, achète pour 640 livres à Alain de Roucy, gendre de Hugues de Châtillon, vidame de Châlons, ses prétentions à la garde de Belval et à la gruerie des bois voisins de Châtillon.
1244 12 octobre Pons, moine de la Grande-Sauve, prieur de Belval, revendique sa part de revenu sur le territoire de Romigny mais n’obtient que le patronage et les oblations sur l’église paroissiale ainsi qu’une pension annuelle à verser et transporter par l’abbaye de Notre-Dame Saint-Corneille de Compiègne. Cette abbaye comme celle de la Grande-Sauve s’en remettent à l’arbitrage de l’abbé d’Hautvillers.
1261 1er octobre L’abbé de la Grande-Sauve, Bernard de la Faye ou de la Haye, accorde la jouissance du prieuré au Prince Edouard d’Angleterre qui y établit le chevalier Jean de Gutilli. Celui-ci doit entretenir deux moines prêtres, habitant le prieuré, pour le service spirituel, et verser 50 livres de Tours à l’abbaye de la Grande-Sauve chaque année au premier jour de mai. En compensation, Edouard a donné à l’abbaye une rente perpétuelle de 20 livres bordelaises.
1266 Gilles de Corbon, clerc de Gui de Châtillon, fait acquisition de la commende temporaire du prieuré moyennant une rente de 300 livres.
1286 L’abbé de la Grande-Sauve recouvre la jouissance du prieuré.
Fin XIIIe siècle Cinq moines et un prieur conventuel peuplent le manoir prieural. Lorsque l’abbaye de la Grande-Sauve rencontre des difficultés financières, il est suggéré à l’abbé Baudouin d’augmenter les ponctions qu’il fait sur ses prieurés. Pour celui de Belval, elles devraient passer de quarante livres de Paris à cent livres tournois.
XIVe-XVe siècles La seigneurie a dû subir les ravages de la guerre de Cent Ans avec le passage des bandes armées, anglo-navarraises notamment, les famines et les pestes. Ses habitants de Belval et de Cuchery se trouvent à plusieurs reprises en conflit avec le prieur. Vu l’absence apparente de traces écrites pour cette période concernant La Neuville, nous pouvons nous interroger sur ce que ce village est alors devenu.
1354 21 mars, Belval et Cuchery veulent se soustraire de l’obédience du prieur, Guillaume de Balezac, mais en vain. C’est ce que nous révèle la transaction homologuée ce jour là devant la prévôté de Châtillon-sur-Marne, conclue entre soixante quatre de leurs habitants et le prieur, au sujet d’un grand nombre de droits qu’il exigeait d’eux. Cette transaction, qui sera vidimée le 5 décembre 1401, a été transcrite dans le cartulaire du prieuré de Belval. Nous y apprenons que tous les habitants sont libres, soumis au versement d’un cens de 6 deniers à la Saint- Martin par « sextier d’héritaige », sur le terroir de Cuchery et 3 sur celui de Belval. Deux preudommes sont élus afin de vérifier ces héritages. Le cens sur les bois consiste en une poule par feu, à livrer le lendemain de Noël. Les paysans de la seigneurie doivent livrer des dîmes sur les fruits, grains soit une gerbe pour « chacun trezel », et sur les vins soit deux sextiers (de ?) sur «chacune queue». Des amendes sont prévues, si des forfaits sont commis dans leurs bois ou dans ceux du prieur, ou si des bêtes d’élevage endommagent les champs et bois. Le droit de chasser hors les bois, le menu gibier, leur est accordé ainsi que le droit de pêcher dans les ruisseaux de la seigneurie, pourvu qu’ils évitent la proximité des moulins. Ils sont «banniers» des moulins et pressoirs du prieur, ainsi que de ses fours (un quartel de blé par feu par an). Les Cucheriats sont soumis à trois corvées dans l’année et les Belvatiers à deux (une, en mars et l’autre à couvrir les blés). Les Cucheriats paient un droit de «massonnage». Le droit de « tonnieu » s’y élève à une mine de blé par an, alors qu’à Belval, il est de deux deniers tournois. Une taille est perçue sur les hommes «saintieux», sur trois ou quatre d’entre eux, élus par les habitants, se montant à 9 livres tournois, payable à Pâques puis à la Saint-Remi et levée par un sergent du prieur. Les habitants de la seigneurie n’ont pas de « roages » à acquitter, taxe qui était ailleurs prélevée sur le transport des vins. Ils paient une pinte de vin au moment de « drécier » les mesures (pour vendre le vin à détail).
Le document différencie Belval et La Charmoise, « des autres appartenances ». S’agit-il des hameaux et censes à l’écart du village de Belval, à savoir Paradis, La Poterne, Grand Pré et La Bertellerie4, accrochés aux hauteurs du vallon ? Dans la partie sud du finage de Cuchery, sont distingués les hameaux d’Auricourt et Maignicourt5, qui, comme La Charmoise, sont exemptés de redevance sur les fours. Les terres d’Orcourt ont dû être défrichées et cultivées plus tardivement qu’à Cuchery, par des « hôtes » qui étaient soumis à un régime de redevances seigneuriales différent. D’où l’expression : « pour cause d’ostises », utilisée afin de justifier le paiement par les habitants d’Orcourt d’une redevance spécifique, consistant en une poule par feu, chaque année.
Les soixante quatre habitants qui ont assisté à cette transaction, « représentens en nombre […] la plus grant […] partie de tous les habitants » de Cuchery et Belval, sont probablement les chefs famille. Il pourrait être raisonnable d’estimer la population des deux communautés réunies à environ 280 habitants .
En 1354 Le prieur réside-t-il à Belval ? Nous lisons dans la transaction que la pêche sera interdite durant huit jours, quand le prieur « fera courre et peschera ses dits estans et viviers ».
1361 Union définitive de la Champagne à la Couronne. Dans la seigneurie de Belval, les habitants n’ont pas attendu cette union pour passer d’hommes du seigneur à sujets du roi.
1462 18 août Une sentence est rendue en la prévôté de Châtillon-sur-Marne pour Jean Guedon, prieur de Belval, contre Jehan Gautier qui s’est emparé des dîmes que le prieur percevait à Reuil.
1473 Plusieurs actes précisant les droits du prieur ainsi que ceux de ses paysans belvatiers et cucheriats, dont celui de 1354, sont vidimés par la prévôté de Châtillon-sur-Marne.
Fin XVe– début XVIe siècles Mise en forme écrite de la coutume de Vitry-en-Perthois et des usages locaux. La coutume de Vitry a été en vigueur à Cuchery, Belval et La Neuville-aux-Larris jusqu’en 1789.
1521-1527 Guillaume Gaudoin, vicaire général de l’abbé de la Sauve et prieur de Belval, « assense » sa terre d’Orcourt en 1521.
1530 30 juillet Le prieur de Belval, vêtu d’une aube très fine et d’une tunique de drap d’or, défile à Soissons dans une fastueuse procession destinée à « honorer les saints dont on gardait les reliques à Saint-Médard et à obtenir les grâces nécessaires à la ville comme à tout le royaume ».
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1531-1789 A partir de 1531, le prieuré, reçu en commende, ne va plus abriter de moines. Jusqu’à la Révolution, les prieurs sont des étrangers aux habitants de la seigneurie, n’envisageant des visites à Belval, que pour leurs affaires, se distraire ou s’y réfugier avec leurs domestiques et équipage. Les revenus qu’ils tirent de la seigneurie de Belval, bénéfice mineur, se joignent pour leur modeste part à ceux tirés d’autres bénéfices, ce cumul procurant en général un confortable train de vie. Les épitaphes dans le chœur de l’église de Belval ont gardé la mémoire des prieurs qui ont vécu aux XVIIe et XVIIIe siècles, attestant qu’à cette époque ce sont des chanoines de Reims, prêtres, cultivés, souvent munis d’une formation universitaire en théologie ou en droit. Deux ont le grade de docteur.
Le prieur présente à la cure de Cuchery, à la desserte de Belval, puis de La Neuville à la fin du XVIIe siècle, obligeant ces deux

villages à partager le même desservant-chapelain, logé à proximité du prieuré. En tant qu’unique décimateur de Cuchery, Belval et La Neuville-aux-Larris, le prieur perçoit, essentiellement en argent, les « dismes grosses et menues » sur les grains, le vin, les plantes textiles… En sa qualité de seigneur justicier, théoriquement, il a le droit de haute, moyenne et basse justice et, de fait, principalement celui de basse justice, l’autorisant à prélever des amendes. Il perçoit des redevances foncières sur Belval et Cuchery, alors qu’à La Neuville, il n’en prélève que la moitié, ainsi qu’un demi-champart. A ces redevances : cens, surcens, lods et ventes, corvées et taxes pour l’usage des bois… s’ajoutent les banalités sur l’usage des moulins du ru de Belval. Les banalités sur l’usage des fours et pressoirs, de même que la plupart des corvées, ne sont plus mentionnées dans les archives du XVIIIe siècle. Le prieur, seigneur et ecclésiastique commendataire, se voit à ce titre exempté de certains impôts dûs au roi, telle la taille, mais il est tout de même soumis à quelques contributions.
Il reste une trace sporadique des hommes résidant dans la seigneurie qui ont servi le prieur pour administrer et rendre la justice : le procureur fiscal6, le lieutenant-juge parfois assisté d’un substitut en même temps huissier, le greffier, l’huissier et le sergent. Les archives de la justice seigneuriale parlent d’un auditoire et d’une prison à Belval, de même que d’un greffe à Cuchery et d’un autre à La Neuville-aux-Larris. Les receveurs de la seigneurie du prieuré, quelquefois aussi les meuniers, figurant dans les archives du XVIIIe siècle, ne sont pas originaires du vallon, peut-être faute d’y recruter des habitants aptes à tenir une comptabilité. Alors qu’il est aisé de louer aux paysans du cru les terres du prieur non attenantes au manoir prieural et aux moulins banaux. Chacun des trois villages a son propre collecteur de dîmes, voir plusieurs. Il est même arrivé que Cuchery forme une seigneurie à part, cédée en décembre 1563 à M. de La Haye, pour 1600 livres et versement d’une rente de 100 livres, puis réintégrée dans celle du prieuré de Belval en 1623. En 1789, chacune des trois communautés exposera son propre cahier de doléances, présentant chacun un plan et un nombre d’articles différents.
Les trois villages de la seigneurie disposent certes chacun d’un finage distinct depuis le XIIe ou le début du XIIIe siècle, mais aucun n’a pu vivre en autonomie. La composition des terroirs et la taille de chaque finage suggèrent quelques explications. La Neuville ne possède même pas 170 ha alors que Cuchery et Belval disposent chacun d’environ 700 ha. Les Cucheriats ont besoin des bois belvatiers et neuvillats. Les vignes des Neuvillats se situent presque toutes sur les finages de Cuchery et Belval. En 1757, sur 125 propriétaires forains à Cuchery, 54 sont Neuvillats, 10 sont Belvatiers et 60 habitent dans un rayon ne dépassant pas 30 km. En dehors de leur propre finage, c’est surtout sur celui de Belval que les Cucheriats sont propriétaires. Les parcelles de tout ce petit peuple sont fort imbriquées les unes dans les autres, les lieux de travail s’enchevêtrent, particulièrement dans les vignes qui restent en place des décennies et convoquent une main-d’œuvre abondante. Les Neuvillats utilisent les moulins du vallon. On partage certains terrains communaux, des chemins de terre, des fossés. Il faut s’entendre sur le parcours des animaux menés à paître et pour la collecte des impôts royaux ou locaux. Les habitants des trois villages ont ainsi été amenés à se rencontrer, converser, se marier entre eux. Au XIXe siècle, cela a perduré, expliquant que durant ce siècle et jusqu’au cœur du suivant, a été transmis le même parler assorti du même accent, différents de ceux de Baslieux-sous-Châtillon, pourtant situé seulement à trois kilomètres dans le même vallon, dont un des derniers blasons populaires était « gens de Baslieux, bouches ouvertes avant les yeux ».

Même si les prérogatives du prieur de Belval deviennent plus symboliques entre 1600 et 1789, certaines d’entre elles ont été attaquées à plusieurs reprises par les habitants des trois villages. La contestation a émané certaines fois des quelques rares autres privilégiés du lieu, tels M. Clément de la Fosse et M. Guérin de Sauville au XVIIe siècle, qui s’en prennent aux banalités sur le ru de Belval. D’autres fois, elle est venue des paysans qui dénoncent le montant de la dîme, la façon dont elle est collectée, l’utilisation qui en est faite, ainsi que la restriction des droits d’usage dans les bois du prieur. Les paysans s’adressent dans un premier temps, parfois violemment, aux collecteurs des dîmes, aux arpenteurs, au curé… et finalement à la justice royale. Cela peut être l’affaire de trois ou quatre « chicaneurs », ou bien celle de tous les chefs de famille du village. Restent-ils unis durant toute la durée des procès ? Certains s’étalant sur plusieurs années. Il y a eu quelquefois contestation conjointe des chefs de famille belvatiers et cucheriats, comme aux XIVe-XVe siècles. Elle se superpose à une autre, dirigée contre l’administration fiscale royale, documentée pour le XVIIIe siècle, notamment celle visant la corvée royale qui a réuni de concert contre elle les trois villages de la seigneurie. Les aides sur les vins sont tout autant détestées. Les archives en conservent le témoignage pour La Neuville-aux-Larris. Là, le 24 juin 1740, des commis aux aides ont bien failli être massacrés par une vingtaine de Neuvillats très remontés.
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1544 septembre Il se peut que le vallon ait eu à souffrir, comme la vallée de la Marne où il débouche, du passage destructeur de l’armée de Charles Quint.
1547 L’église de Belval est- elle reconstruite ? A l’angle droit de la façade, un cartouche indique : « Mathieux Hernardon et Regnaulde, sa femme, premiers donateurs de cette édifice ».
1562 Un certain Daniel Maille est installé au prieuré, par lettres patentes du roi. Daniel Maille est un oblat militaire, c’est à dire un capitaine infirme qui devient pensionnaire du prieuré.
1563 L’église de Belval est saccagée par les Huguenots. L’année précédente, a commencé en France, au sud de la Champagne, la première des huit guerres de religion entre catholiques et protestants qui se succèdent dans la seconde moitié du XVIe siècle. Bien avant cette date, à quelques kilomètres de Cuchery, la présence protestante était une réalité. Des prêches protestants secrets étaient écoutés dans le château de Nanteuil-la-Fosse et le seigneur de Cuisles, François d’Origny, était calviniste. Jean de la Haye, l’écuyer, acheteur de la partie cucheriate de la seigneurie du prieuré de Belval, était lui aussi protestant.
1583 4 septembre Le doyen et chanoine théologal de la cathédrale de Reims, Hubert Meurier, décrit une grande procession blanche catholique partie de Cuchery rassemblant 440 pèlerins du lieu qui se rendent, revêtus d’habits blancs, portant la croix à la main, jusqu’à Notre-Dame de Reims.
1594 19 janvier Le prieuré et ses attenants sont baillés à Jean de la Marche, à la redevance de 425 livres, outre l’acquêt de charges.
1609 Un certain Desprez est prieur de Belval.
1614 19 décembre Le bail général du prieuré est accordé pour 9 ans à Guillaume Petit, pour 550 livres, à la charge d’entretenir un prêtre, faire dire trois messes par semaine outre les fêtes et dimanches.
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1623-1666 Clément Boucher, prieur de Belval, Saint-Lubin, a été chanoine de l’église collégiale de Saint-Germain de Montfaucon, abbé de Thénailles (diocèse de Laon), chanoine de Notre-Dame de Reims, prévôt de l’Eglise métropolitaine de Reims comme d’autres membres de sa famille, portant l’épithète de « vénérable et discrète personne » attribuée aux clercs de son rang. Selon Henri Jadart, il a été conseiller et chapelain de Louis XIII en 1627. Apparemment aisé, Clément Boucher s’est montré généreux à Reims, fondant une bourse au séminaire dont a profité son protégé, le célèbre érudit Dom Mabillon qu’il hébergea en son hôtel de la Pourcelette. Dans le Journalier de Jean Pussot, rédigé de 1568 à 1626, Clément Boucher est décrit comme « un homme contrefait et fort boiteux ». On l’a accusé d’avoir mal géré l’abbaye de Thénailles, à Belval, il a tout de même réussi à recouvrer, au bout d’un long procès, la partie cucheriate aliénée de la seigneurie en 1563. Décèdé le 28 août 1666, à l’âge de 88 ans, Clément Boucher a été inhumé dans le préau du prieuré de Belval.
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1630-1669 Les prieurs de Belval achètent quelques arpents de terres, prés et bois à Belval.
1634 Les communautés de Cuchery et Belval sont condamnées chacune à 30 livres d’amende par la justice royale pour avoir refusé de livrer des vivres à la compagnie de Saint-Simon à Epernay et avoir formé des bandes armées de manouvriers et vignerons. Cette compagnie de Saint-Simon stationnait là par ce que le Comte de Soissons en rébellion contre Richelieu avait pris la ville. Le roi Louis XIII reprendra Epernay en 1635.
1639 Le prieuré est baillé à Laurent Martin qui succède à son père.
1649, 1650, 1652 Alors que la guerre contre l’Espagne continue, le vallon de Cuchery subit les heures tragiques de la Fronde, devenant la proie des soudards démobilisés de Reinhold de Rosen, lieutenant général passé au service de la France, et des brigands. Le 6 juin 1650, les Cucheriats et les Belvatiers mènent une expédition à Villers-Allerand pour défaire des voleurs qui ont tout pillé dans le vallon. En septembre 1650, une troupe de 200 manants armés de fusils dont le noyau principal, parti de Belval, va défendre aux alentours les convois de blés contre les fourrageurs espagnols. « A la tête d’une bande de paysans, un certain Charles Oudard […] s’efforce de protéger le secteur de Châtillon–Damery, il est devenu le capitaine Machefer ; même des nobles l’appellent à la rescousse. Malheureusement Oudard-Machefer a pris goût à cette industrie guerrière, il en fait son état ; il est pris et pendu à Reims, le 20 juillet 1652 ». Charles Oudard, natif et habitant de Belval, avait exercé dans ce village le métier de couvreur avant de s’adonner à la guerre.
Nous possédons le plan d’une fosse à « poison » attenant à la maison du prieur8, dressé en 1650. S’agit-il d’un vivier consacré à l’élevage ou à la conservation de poissons destinés au prieur ? Non loin, s’étendait la garenne du manoir prieural. A cette époque, Christophe de la Bruyère, écuyer, seigneur de Caumont et son épouse, Elisabeth Lempereur de Morfontaine, parents de quatre fils, comptent parmi les voisins du prieuré
Au début de novembre 1652, le camp de Turenne, au service de Louis XIV combattant Condé, est planté à Baslieux-sous-Châtillon. Il est probable que le vallon de Cuchery a subi les retombées du passage des troupes qui se sont abreuvées de grandes quantités de vin.
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1666-1676 Charles Richard, prieur de Belval, Saint-Lubin est docteur es loi. Chanoine de Notre-Dame de Reims en 1628, âgé seulement de 18 ans, il va le rester 40 ans. Parmi ses emplois, figurent ceux de promoteur, official du diocèse de Reims, syndic du clergé et grand vicaire du Cardinal Barberini, l’archevêque de Reims de 1657 à 1671. Sur le cadastre de 1832, le lieu-dit « Le Pré de l’Official », à la Charmoise, pourrait bien entretenir le souvenir dudit prieur. Solidarité familiale oblige, il a résigné sa prébende à ses neveux Charles et Robert Pitat, en mai 1676 (seul Robert en bénéficiera). Charles Richard est décédé le 6 mars 1684, son corps repose sous la tombe de ses prédécesseurs.
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Inscription faisant mention du prieur Clément Boucher et de ses successeurs. Afin d’entretenir la mémoire du prieur, il est noté à la fin de l’épitaphe qu’on dira, à perpétuité, dans cette église un obit le jour de son décès. Les sources donnant quelques informations sur les prieurs de Belval n’ évoquent pas leurs obsèques. En tant que chanoines de l’Eglise de Reims, ils avaient théoriquement droit à des funérailles solennelles.
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1672 Grand Court9 devient un fief, dépendant du prieur de Belval.
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1676-1733 Robert Pitat, prieur de Belval, chanoine de l’Eglise de Reims, est docteur en théologie de la faculté de Reims dont il a été doyen. Lors d’une visite à Cuchery, le 2 septembre 1678, nous l’apercevons dans l’église au baptême de Robert, fils de Gaspard Guérin de Sauville, dont il est le parrain. De 1730 à 1734, il détient le titre de recteur de l’Université de Reims. Robert Pitat rend l’âme le 19 février 1738.
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1691-1735 La population de Cuchery, Belval et La Neuville réunis est quasiment stagnante, passant de 189 feux à 194 feux. Sous les deux dernières décennies du règne de Louis XIV, la seigneurie de Belval n’a sûrement pas été épargnée par les rigueurs du climat aux retombées aggravées par le poids des guerres.
1721 M. Baugier, dans ses Mémoires historiques de la province de Champagne, rapporte que le prieuré de Belval vaut 1200 livres de rentes.
1723-1733 A l’instar des prieurs précédents, Robert Pitat acquiert quelques biens dans sa seigneurie, à savoir trois petites maisons, environ un arpent de vignes près de la Charmoise et 100 verges de terres. Accordant à la même époque un prêt au sabotier, Jean Pottin qui demeurait non loin du manoir prieural, le tout devant lui rapporter environ 93 livres de location ou rente par an. A noter que dans un bail à rente qu’il conclut le 3 février 1723, c’est en espèces métalliques et non en billets de banque qu’ il exige d’être payé10.
1728 26 juin Les recettes en argent du prieuré s’élèvent à 1984 livres et 10 sols. Supérieures aux dépenses de 181 livres, elles incluent 300 livres de dîmes sur Reuil, village dans lequel le prieur partage les dîmes sur le vin avec l’abbaye d’Hautvillers. A cause des « chicanes » des Cucheriats, les dîmes sur Cuchery sont réduites.
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1733-1743 Nicolas Carbon, selon l’épitaphe qui lui est dédiée dans l’église de Belval, a été sous-diacre, chanoine de Sainte-Basalmie de Reims et prieur de Belval. Il aurait été également abbé de Saint-Hilaire 11. D’après Gustave Laurent, Nicolas, oncle de Jean-Louis Carbon, son successeur, était doté d’un talent de littérateur. Dans ce cas, il peut s’agir du Nicolas Carbon, issu d’une famille distinguée de Reims qui a laissé une Vie de Jean-Baptiste de la Salle et une savante Dissertation sur l’arc de triomphe de la porte Mars de Reims, décédé le 29 janvier 1745, à l’âge de 31 ans.
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« fut présent en sa personne monsieur nicolas Carbon, prieur et seigneur désimateur de belval, Cuchery et la neuville au Laris, Descimateur de la ditte neuville et autre lieu demeurant à reims... »
Extrait du bail des dîmes et champart de La Neuville-aux-Larris et portions de dîmes de Paradis12
Nicolas Carbon conclut le bail avec Jean Gachelin et Michelle Brice le Jeune, le 29 novembre 1741 à Belval. Bail contrôlé à Châtillon, le 5 décembre 1741. .Jean Gachelin n’a pas su signer l’acte, savait-il compter ? Michelle Brice compte peut-être sur lui pour renforcer sa sécurité le jour où il opère le prélèvement difficile de la dîme. Ce type de bail était en général conclu pour six ans, avec des collecteurs habitant La Neuville-aux-Larris. En 1619, il se monte à 87 livres, puis il a irrégulièrement augmenté pour passer à 400 livres en 1774. En 1698, chaque propriétaire sur le finage de La Neuville-aux-Larris doit 10 sols par arpent pour le champart. En 1640 et jusqu’à la Révolution, les preneurs du bail doivent aussi livrer des produits en nature, tels des chapons, des setiers de sarrasin ou du vin rouge. Dans les baux de la seconde moitié du XVIIe siècle, il est précisé que désormais la moitié du droit de champart sur La Neuville-aux-Larris revient au Duc de Bouillon. Celui-ci a cédé Sedan et Raucourt au roi et a reçu en échange Epernay, Château-Thierry et autres lieux.
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1743-1789 Le prieur de Belval, Jean-Louis Carbon né à Reims vers 1720, est chanoine du chapitre Notre-Dame de Reims depuis le 19 février 1738, licencié es droit et sénéchal du chapitre en 1759. Sa demeure rémoise en imposait, bordant la rue du Corbeau (rue du Cardinal-de-Lorraine de nos jours). A la fin des années 1770, son canonicat vaut, en année commune, 1800 livres. Son aisance, confortée par un héritage familial, lui a permis d’être bienfaiteur de l’hôpital général de Reims. Lorsqu’il séjournait à Belval pour ses affaires ou se reposer, il lui arrivait d’administrer le sacrement du baptême. Ainsi, au mois de mai 1767, baptise-t-il deux nouveau-nés dont Jean-Charles Magnier, le petit-fils du notaire royal, Christophe Magnier, qui résidait à quelques pas du manoir prieural.

En janvier 1789, Jean-Louis Carbon résigne le prieuré moyennant une pension viagère de 4200 livres que devront lui régler ses successeurs. Il laisse en place les meubles dans le manoir prieural, meubles que son père avait rachetés auprès des héritiers du prieur Robert Pitat en 1735. A la fin de la même année, il verse une importante contribution patriotique de 2280 livres. Se retrouvant sans fonction à partir de 1790, on l’aperçoit inscrit en 1792 sur la liste des assermentés. Il décède quelques années plus tard le 26 nivôse an VI.
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1754 25 juin La déclaration des biens et revenus du prieur de Belval fait apparaître une recette de 3142 livres, incluant la location de quatre maisons à Reims (326 livres) et des dîmes se montant à 502 livres sur Romigny, Reuil et Savigny-sur-Ardre. Sur le seul finage de Cuchery, ces recettes s’élèvent à environ 1000 livres, dont 350 de dîmes.
1757-1764 Le prieuré est baillé en principe pour neuf ans. Cependant, le bail conclu en 1757 avec Pierre Caillet, marchand aubergiste de Reuil, est rompu le 26 mai 1764. A partir de cette date, un autre marchand, Pierre Simon Pinon, époux de Jeanne Lemaire, fort de son expérience de receveur de la la châtellenie de Chaumuzy, reprend le bail pour la somme de 2900 livres par an, à payer en deux moitiés, auxquelles il faut ajouter 75 bottes de paille, 6 setiers d’avoine et 12 chapons.
1764-1774 Le prieur Carbon aime que ses jardins et son potager aient belle allure. Le jardinier du moment qui en assure l’entretien a pour nom Louis Billard, logé dans une petite dépendance jouxtant le presbytère.
1773-1783 Cuchery, Belval et La Neuville réunis passent de 1060 habitants, répartis en 262 feux, à 1070 habitants dont 714 communiants. Soit un gain d’un seul habitant en moyenne par an, contre quatre entre 1726 (871 habitants) et 1773.
1776 Le prieur verse 1200 livres aux Cucheriats sinistrés par l’incendie qui a ravagé leur village le 1er juillet. En tant que seigneur de Cuchery et chanoine, cela fait partie de ses devoirs de charité. Cette aide s’ajoute aux petits dons qu’il accordait habituellement aux pauvres et aux infirmes de la seigneurie. A cette époque, les fonds substantiels débloqués pour porter secours aux indigents et aux sinistrés proviennent de l’intendance de Champagne et de l’évêché de Soissons.
1783 La part des dîmes sur Reuil a notablement progressé, rapportant 800 livres au prieur.
1784-1788 Les habitants de La Neuville intentent un procès contre leur fermier des dîmes, Jean Bonnenfant, parce qu’il a utilisé une mesure trop grande et non étalonnée pour la perception de la part de dîme prélevée en nature.
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1789-1790 Dom Joseph Baudart, grand prieur de l’abbaye Saint-Nicaise de Reims, à l’âge de 48 ans devient le dernier prieur de Belval. Il a été par ailleurs prieur de Saint-Nicolas du Rosnel (diocèse de Rouen), prieur claustral de Saint-Nicolas d’Acy (diocèse de Senlis), procureur de l’abbaye Saint-Remi, conseiller en la chambre ecclésiastique de Reims et sénéchal de l’Eglise de Reims. En octobre 1792, nous le retrouverons prêtre résidant à Reims et prêtant serment à la Constitution civile du clergé, puis, il est devenu curé de Saint-Thierry, paroisse dans laquelle il décède le 18 juin 1820.
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1789-1790 En mars 1789, dans leurs cahiers de doléances les habitants de la seigneurie de Belval demandent une réforme du fonctionnement de sa justice et que soit mis fin aux privilèges fiscaux du seigneur. Après la prise de la Bastille, le ton monte à Belval. En septembre, le prieur Baudart signale que le pillage des arbres et des meubles du prieuré a été frôlé à cinq reprises. Pierre Nicot, vigneron bûcheron qui exploite des bois du prieuré, ne se sent plus en sécurité, un dénommé Willemart, dit Charlotain, l’ayant menacé de coups s’il continuait à servir le prieur. Ce dernier fait encore exécuter des ultimes travaux de réparation dans le manoir prieural ainsi que dans les églises de Cuchery et Belval. Le 2 novembre 1789, le prieuré passe à la disposition de la nation, ses archives échappant à la destruction. Cependant, les droits seigneuriaux ne seront définitivement abolis, et sans indemnité, qu’avec la loi du 17 juillet 1793. Dom Baudart continue à tirer des revenus du prieuré et ses dépendances jusqu’à leur vente, soit encore 2024 livres pour l’année 1790. Leur surveillance est alors confiée à un concierge, Jean Liégé, qui s’installe dans le manoir prieural dont il a racheté les meubles. La même année, le prieur verse sa contribution patriotique à Reims.

Les bâtiments, la cour et l’avant-cour du manoir s’étendent sur environ 1700 mètres carrés. On entre dans l’avant-cour par une grande porte « chartière » ferrée, puis dans la cour par une deuxième porte. La maison est couverte de tuiles et ardoises, avec : salle à manger, deux chambres, cabinets, cuisine, au-rez-de chaussée, et à l’étage : trois chambres, quatre cabinets, une salle de billard. Elle est flanquée de deux ailes, où se situent : un vendangeoir, un cellier, une cave, des écuries, greniers, fointiers, grange, laiteries et un beau colombier à échelle tournante montée sur pivot. On distingue, attenant au manoir : un parterre et une pièce d’eau clos de murs, des vergers, des potagers, des allées plantées en charmille, des bosquets et labyrinthes. Au delà, et tenant toujours au prieuré, s’étendent : deux arpents de bois, environ cinq arpents de clos-vergers et une vigne de 192 verges, bien « échalassée ». L’inventaire des objets trouvés dans le manoir en mai 1790 laisse deviner les divertissements pratiqués avant la Révolution dans cette maison des champs : billard, « trique-traque », jeu de quilles… mais pas de bibliothèque. Le prieur stockait dans une de ses deux caves quelques bouteilles de vin, vraisemblablement destinées à sa consommation personnelle.
En novembre 1790, Dom Baudard entre en conflit avec le maire de Belval, M. Magnier. Celui-ci promet aux habitants de Belval qu’ils obtiendront les arbres abattus par le prieur sur sa propriété : 133 peupliers, 18 chênes, 6 ormes, un frêne, tous des arbres de hautes futaies.
1790, 1791 Cuchery, Belval-sous-Châtillon et La Neuville-aux-Larris forment désormais trois communes distinctes, destinées à s’intégrer par la suite au canton de Châtillon-sur-Marne. Néanmoins la fusion des trois villages dans une même unité a perduré dans certains recensements établis par l’administration de l’Etat, et cela jusqu’au XXe siècle. En mars 1791, La Neuville conteste les limites entre son finage et celui de Cuchery et Belval et obtient quelques petites concessions.
1791-1792 Le 23 mai 1791, le manoir prieural, ses dépendances situées sur le finage de Belval, dont le moulin de la Charmoise, sont adjugés une première fois 30 200 livres, à Jacques et Jean-Baptiste Charpentier de Belval, puis une seconde fois 24 100 livres, pour défaut de paiement à Henry-Claude Aubry, le 17 janvier 1792. Entre temps, le 25 juillet 1791, ont été cédés les moulins du prieuré et leurs terres attenantes, sis sur le finage de Cuchery. Au total, environ 25 hectares ont ainsi été vendus. Une toute petite partie des bois du prieuré figure dans cette vente.

1794 Sous la Terreur, la destruction des insignes de la féodalité va bon train. Ceux qui figuraient sur la dalle de pierre noire, fixée de nos jours à gauche dans le chœur de l’église, ont dû probablement être mutilés à cette époque14 .
1799 14 mai Le prieuré, ses clos, vergers, jardin et vigne attenants sont vendus par M. Aubry à Nicolas Acquatia qui y vit encore dans les années 1809-1812, et se déclare vigneron à la naissance des deux enfants naturels qu’il a reconnus.
1804 Belval-sous-Châtillon, Cuchery et La Neuville-aux-Larris réunis comptent environ 1360 habitants. Pour les deux premiers villages, nous atteignons alors le maximum de population de toute leur histoire. Pour la Neuville- aux-Larris, il sera atteint vers 1836, avec 321 habitants.
1816 31 août Par adjudication, sont mis en vente les bâtiments du prieuré et dépendances qui apparaissent bien dégradés depuis 1789. Ils ne comportent plus qu’une cuisine, une chambre à feu vers le levant, un cabinet vers le couchant, un grenier, une écurie, un vendangeoir, une tourelle à l’encoignure occidentale du bâtiment, une cour, un toit à porc, une petite cave laitière, un fournil (où était un pressoir avant), les bâtiments étant couverts de chaume, un jardin à l’est, un clos à l’ouest et un verger. Le tout estimé à 1386,25 francs. Quelques mois avant, le 24 mars, avaient été vendus aux enchères les biens meubles : objets usuels, une table ronde, six petites chaises, six chaises tapissées en mauvais état, un grand fauteuil, une armoire, un dressoir, une petite table, une petite commode et une maie.
1817-1914 Belval-sous-Châtillon, Cuchery et La Neuville-aux-Larris appartiennent désormais au diocèse de Reims. Cuchery a conservé son prêtre au XIXe siècle, desservant en même temps Belval qui perd le sien. Alors que La Neuville-aux- Larris qui n’en avait pas, va en accueillir un.

1832 Les contours de l’ancien prieuré de Belval figurent sur le plan cadastral. L’ensemble de la propriété a fini par être vendu par lots correspondant au parcellaire représenté des numéros 499 à 510. Les bâtiments reliant le manoir à l’église et le préau ont disparu ainsi que les corps des prieurs et des moines qui y avaient été inhumés. Figurent toutefois la tourelle d’angle d’une des ailes du manoir, la pièce d’eau, le tracé d’une partie des jardins, le pont menant autrefois vers la vigne du prieur et une cave 15.
XXe siècle…Ce qui reste du manoir prieural, baptisé le « priolé », appartient à la famille Nicot. C’est toujours le cas au XXIe siècle.
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Arthur est au sommet de la pyramide, en costume clair, à côté de son frère, l’abbé Jules. Dans les années 1930, son fils, Charles Henri, habite le prieuré. L’abattage des cochons donne alors lieu chez lui à des ripailles qui ont laissé de fameux souvenirs à ses descendants
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NOTES
- Les nouveaux villages sont nombreux à l’époque. Notons que juste à côté de La Neuville-aux-Larris, au diocèse de Reims, nous apercevons, vers 1300, La Nuevile Chaulard, Champlat de nos jours. ↩︎
- Extrait d’un article de H d’Arbois de Jubainville, intitulé Les armoiries des comtes de Champagne, d’après leurs sceaux, dans la Revue archéologique de septembre 1852 ↩︎
- Extrait transcrit de la copie de la charte d’association entre l’Abbé de la Grande-Sauve et Blanche de Champagne pour la fondation de La Neuville-aux-Larris. 1207
Copie faite et traduite en français le 26 mai 1767 par D P. Pinchart, visible aux Archives départementales de la Marne. Le prieuré de Belval. Cote : 27 H 8
↩︎ - Voir : Les hameaux des hauteurs de Belval ↩︎
- Orcourt et Menicourt au XXIe siècle. ↩︎
- Au XVIII e siècle, le notaire Christophe Magnier a été le procureur fiscal de Belval. Voir : Le notaire royal à Belval-sous-chatillon ↩︎
- Publiée par Willem Jansz et Joan Blaeu qui ont copié une carte de 1619, tirée de l’
Atlas de Jodocus Hondius II. ↩︎ - Archives départementales de la Marne. Belval-sous-Châtillon, 1650 Cote : 27 H 2/54 ↩︎
- Fief situé sur le terriroire d’Orcourt au XXIe siècle. ↩︎
- Nous sommes trois ans après la faillite du système Law qui a peut-être affecté le prieur. En mai 1726, sa confiance dans les billets est revenue. ↩︎
- D’après Letillois de Mézière, La biographie générale des Champenois célèbres, impr A Bureau du journal des peintres, Paris, 1836. ↩︎
- Archives départementales de la Marne. Archives du Prieuré de Belval. Cote : 27 H 8 ↩︎
- Collection particulière. ↩︎
- Jacques Delvaux, Le Châtillonnais de Champagne, 1961. ↩︎
- Archives départementales de la Marne. Belval-sous-Châtillon. Cadastre. Cote 3 P749/8 Section C2 (1832). ↩︎
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SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
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Archives départementales de la Marne. Registre des insinuations ecclésiastiques 1747-1787 Cote : 2 G 241-249.
Archives départementales de la Marne. Le prieuré de Belval. Cotes : 27 H 1, 27 H 8, 27 H 11, 27 H 12, 27 H 13.
Archives départementales de la Marne. Belval-sous-Châtillon. Cadastre. Cote : 3 P749/8 Section C2 et Cote : 3 P749/11 Section D2 (1832).S
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Très intéressant comme toujours ! Merci