Du prieuré de Longueau au prieuré de Binson

le prieure de longueau avant la revolution

Le prieuré fontevriste Notre-Dame de Longueau, Longa Aqua en latin populaire, sis sur l’actuel finage de Baslieux-sous-Châtillon, a été fondé en 1140 par Thibaut, comte de Champagne1. Afin d’établir ici un monastère double, c’est à dire peuplé de moines et de moniales, l’abbaye de Fontevraud a bénéficié de la générosité de Gaucher II de Châtillon qui lui a donné des terres, dont celle de Longueau, avant de partir à la deuxième croisade (1147-1149), où il a trouvé la mort. Aux XIVe et XVe siècles, le prieuré a survécu à la guerre de Cent Ans et ses cortèges de malheurs.

Dans la seconde moitié du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, il semblerait qu’il n’y ait plus que des religieuses à Longueau; ne se sentant plus en sécurité, à cause des guerres ravageuses, elles vont finir par se réfugier à Reims, puis constituer un nouveau couvent, rue du Jard, tout en conservant leurs biens à Baslieux, où un sergent était à leur service.

Nous avons hérité un cartulaire de ce prieuré, contenant des chartes dont les premières remontent au XIIe siècle, qui nous fait connaître un temporel s’étendant assurément à Baslieux, mais aussi dans de nombreuses autres localités champenoises. Une traduction annotée et commentée a été proposée par Paul Pellot et Dom Albert Noël en 18952. Dans leur ouvrage, apparaît également un état des biens et revenus du couvent rémois, dressé le 31 janvier 1668, nous précisant qu’il compte 37 sœurs, une novice, 6 sœurs converses et dispose d’un revenu de 2887 livres 4 sols six deniers, tirés de ses nombreuses possessions à Reims et dans la région.

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Les possessions des religieuses de Longueau sur le finage de Baslieux-sous-Châtillon en 1668 :

  • la métairie de Longueau de fort grande étendue, qui occupe l’ancien couvent, à côté d’une église. De la métairie dépendent 160 arpents de terres, prés, marais, vigne, garenne et un pressoir sis à Baslieux, le tout rapportant environ 1000 livres par an ;
  • le bois de Binson d’environ 38 arpents, un bois à la Cohette dont une partie défrichée est louée à Charles Beautray ;
  • la terre et seigneurie (en partie) de Baslieux et Mellerai  : 166 arpents de terres, prés, marais, vigne, un pressoir banal, la justice haute moyenne et basse, les droits seigneuriaux de 35 à 40 livres et droits de vente de 20 livres;
  • une dîme sur certaines terres qu’elles ont vendues à Baslieux (dîme qu’elles laissent à leur agent sur place) ;
  • deux maisons tenant ensemble ;
  • une cense et métairie de 28 arpents ;
  • une maison louée pour partie à Claude Clouet et pour l’autre (en masure) à Louis Pouelle, maréchal.

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A la même date, à Cuchery, les Dames de Longueau possèdent une cense, « consistante en une maison couverte de thuilles, terres, prez aulnaies et vignes contenant soixante dix sept arpents et demy ou environ et ce en conséquence d’un contract deschange du vingt troisième décembre 1614…» avec Nicolas de Vendière, escuier, seigneur de Feuillé. Les bâtiments de cette cense se situaient rue de la Gayette. La cense sera louée en 17573 à Pierre Parmentier, comptant 67 arpents de terres, 1,35 arpent de vignes, 3 arpents de prés et rapportant un revenu de 314 livres 15 sols.

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LA DISPARITION du prieuré de Longueau

1 A REIMS

1790-1792 Le couvent de Longueau de Reims n’abrite plus que 14 religieuses en 1790, qui vont être expulsées en 1792.

L’usine Véron-Villain & C ie, à la place de l’ ex-couvent de Longueau, à Reims en 1894 4

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A la place du couvent rémois, vendu en 1793 comme bien national, va apparaître une usine textile de filature de laines cardées, devenue propriété de l’entreprise Véron à la fin du XIXe siècle, filant et tissant le coton après 19205.

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2 a BAslieuX

1791 Les terres et les bâtiments du priéuré sis à Baslieux sont achetés par M. Guyot de Chenizot et Me Gaussart, avocat au bailliage de Châtillon.

1811… Le domaine de l’ancien Longueau est acquis par M. et Mme Hédouin-Chopin de Baslieux-sous-Châtillon; il sera ensuite revendu par lots à divers particuliers.

Dessin du prieuré de Longueau vers 1880, par Alfred Chevallier. CPA6

1861 Alfred Fonte exploite la ferme de Longueau7.


1864-vers 1892 Les bâtiments, encore debout en 1864, sont toutefois désertés. Tombés en ruine dans les années qui ont suivi, ils ont fourni des pierres de construction, pour la plupart récupérées par les habitants des alentours. Seuls quelques vestiges remarquables de la chapelle ont été enlevés pour être déposés au prieuré de Binson.

1905 Une colonne, surmontée d’une croix en fer forgé, est édifiée à l’emplacement du maître-autel.

La colonne de Longueau © C chevry

1954 Année mariale, une cérémonie se déploie le 15 août, en l’honneur de la Vierge Marie, menant de nombreux fidèles du doyenné8 de Châtillon-sur-Marne jusqu’à la colonne de Longueau.

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1 et 2 : La Cour des Dames et sa plaque à Baslieux-sous-Châtillon.© C Chevry
Cour commune, dont le nom est dédié à la mémoire des religieuses de Longueau qui ont dû posséder ici une partie de leurs biens baslieutains.

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LES VESTIGES DU PRIEURE DE LONGueau reposent AU PRIEURÉ DE BINSON

< Vestiges du prieuré de Longueau au prieuré de Binson avant 1914. CPA

Les vestiges du prieuré de Longueau de Baslieux ont été rassemblés à l’intérieur du cloître du prieuré de Binson. Parmi eux, se présentent la pierre tombale d’une des religieuses ainsi que les gisants du comte Thibaut, fondateur du prieuré, et de son épouse. Dans le même espace, figurent par ailleurs des pierres tombales de la famille des Châtillon. Sur ce cliché, n’apparaît pas la réplique en fonte de la statue d’Urbain II, qui n’était pas encore reléguée dans cette partie du prieuré.

Cloître du prieuré de Binson avant 1914. CPA
A l’intérieur du cloître du prieuré de Binson en 2020 © C Chevry

Situé à quelques kilomètres de Longueau, le prieuré bénédictin Saint Pierre de Binson a été fondé au XIe siècle par Eucher de Lagery, père du futur pape Urbain II, et concédé aux moines clunisiens de Coincy aux alentours de 1077.

Sous la Révolution, le prieuré, qui n’était plus qu’une ferme depuis longtemps, déclaré bien national. a été acheté par M M. Gaussard et de Saint-Laurent9. Par la suite, M. Symonet, maire de Villers-sous-Châtillon, a fait l’acquisition de la ferme, puis, en 183910, de l’église du prieuré, vendue par la fabrique de Châtillon-sur-Marne. Le bâtiment se trouvant alors en déshérence, mais figurant sur le cadastre de 1832, entouré du cimetière de Binsonl11. En 1858, les héritiers de M. Symonet, le comte et la comtesse de Verdonnet, ont offert l’ensemble à l’archevêque de Reims, Mgr Gousset. Peu avant 1880, le diocèse, qui en est devenu propriétaire, a confié sa restauration à Edouard Deperthes, architecte, Edouard Thiérot, inspecteur des travaux diocésains, et à l’entrepreneur rémois de maçonnerie, François Demerlé. Mgr Langénieux, promu archevêque en 1874, aimait y résider l’été.

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Portail Renaissance de la chapelle du prieuré de Longueau.
© C Chevry

<–Tête sculptée, parmi les vestiges du prieuré de Longueau © C Chevry

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Le prieuré de Binson, un havre d’ENSEIGNEMENT meurtri par la Grande Guerre

Le prieuré vers 1900. CPA

Propriété de la Société civile de Binson, le prieuré est devenu un pensionnat de garçons, doté d’une ferme-école érigée en 1884. En 1895, un séminaire de philosophie et de théologie y est établi par les Pères blancs de Mgr Lavigerie12. Pendant la Première Guerre mondiale, la bâtisse se transforme en hôpital militaire.

Le prieuré et le cimetière national de Binson vers 1920. CPA

Dévasté par les combats de juin-juillet 191813, le prieuré est reconstruit à la fin des années 1920, sous la direction de l’architecte Bernard Haubold; il va redevenir un établissement scolaire, tenu par les Salésiens, des années 1930 jusqu’à sa fermeture en 2018.

En 1918, à proximité du prieuré, a été créé un cimetière militaire dans lequel ont été rassemblés, au cours des années 1920-1930, les corps des soldats morts pour la France sur les lieux mêmes ou dans les villages des environs. 2 671 corps, dont 562 en deux ossuaires, y reposent.

Tombés aux oubliettes au prieure de binson

1 Le sarcophage de sainte Posenne

Selon le chanoine Lucot14, au début du VIe siècle, aurait été enseveli à Binson le corps de sainte Posenne, venue d’Irlande évangéliser la région. L’emplacement de l’ermitage de cette sainte aurait éventuellement été choisi pour construire le prieuré de Binson. Alors que Jean-Pierre Ravaux s’est demandé s’il ne s’agissait pas de la sainte Posenne originaire du Perthois, ayant vécu au VIIe siècle, et dont au moins une partie du corps a été transféré en Westphalie en 85015.

Le dessus du sarcophage de sainte Posenne, en l’église du prieuré de Binson ©C.Chevry

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2 Le chemin de croix

Dans le parc du prieuré de Binson, est encore visible, bien que très détérioré, un beau chemin de croix champêtre qui a été inauguré en 1893. Au siècle dernier, il était très fréquenté le jour du Vendredi saint. Les modèles de ses 14 stations ont été exécutés par le sculpteur Edouard Drouot16. Les statues, en fonte de fer, ont elles toutes été réalisées par Maurice Denonvilliers ? Sa signature est encore bien lisible sur l’une d’entre elles. La fonderie Denonvilliers, qui a œuvré en Haute-Marne, à Osne-le-Val, et dans la Marne, à Sermaize-les-Bains, recevait à l’époque de nombreuses commandes de l’Eglise catholique.

Station du chemin de croix du prieuré de Binson et la signature Maurice Denonvilliers © C Chevry

————————————————————————————-NOTES

  1. Michel Bur, Inventaire des sites archéologiques non monumentaux de la
    Champagne (3). Vestiges d’habitat seigneurial fortifié en

    Champagne centrale, dans Cahiers des sciences humaines de l’université de Reims. 1987, ↩︎
  2. Paul Pellot avec la collaboration de Dom Albert Noël, Le cartulaire du prieuré de Longueau, Arcis-sur-Aube, Léon Frémont, 1895.
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k91318z/f11.item.texteImage.zoom ↩︎
  3. Archives départementales de la Marne. Rolle pour les réparations de l’église de Cuchery 1757. Cote : C 1837. ↩︎
  4. Détail d’un Nouveau plan de Reims monumental industriel et commercial,
    gravé par Henri Rollet, d’après un dessin de Weber. Impr Dufrénoy, Paris, 1895. ↩︎
  5. Evelyne Taquet de Caffarelli, L’industrie textile à Reims. Une reconversion, dans Travaux de l’Institut de géographie de Reims, 1970. ↩︎
  6. Reproduit par Maurice Charbonnier, habitant de Cuchery, dans les années 1950. Alfred Chevallier fut curé de Cuisles, Baslieux et Jonquery entre 1871 et 1885. ↩︎
  7. Archives départementales de la Marne. Dénombrement de la population de Baslieux-sous-Châtillon.1861. Cote : 122 M 127. ↩︎
  8. D’après le témoignage d’anciens paroissiens du doyenné. ↩︎
  9. Mémoires de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département de la Marne, Année 1879-1880. Imprimerie T. Martin, Châlons-sur-Marne. 1881. ↩︎
  10. Lucien Paulot, Un pape français, Urbain II, Librairie Victor Lecoffre. Paris, 1903. ↩︎
  11. Archives départementales de la Marne. Cadastre de Châtillon-sur-Marne, 1832.
    Section C33. Cote P 841/10 ↩︎
  12. Journal La Croix, 12 novembre 1931. ↩︎
  13. Archives départementales de la Marne. Organismes temporaires du temps de la Première guerre mondiale. Dommages de guerres. Cotes : 10 R 3218. ↩︎
  14. Chanoine Paul Lucot, L’église de Binson et Sainte Posenne, Châlons-sur-Marne, E Thouille, 1882. ↩︎
  15. Jean-Pierre Ravaux, Recherches sur les lieux ou vécurent les saintes Ame, Posenne, Liutrude, Hou, Francule, Livière et Menou, dans Mémoires de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne. 1993, Tome CVIII, pp 51-67. ↩︎
  16. Edouard Drouot (1859-1945). Mouleur puis sculpteur-statuaire prolifique. A Sommevoire, en Haute-Marne où il est né, son père était contremaître dans la fonderie de M.Durenne qui a soutenu Edouard. En 1880, il entre à l’Ecole nationale des arts décoratifs, puis trois ans plus tard aux Beaux-Arts. A partir de 1889, il expose au Salon de Paris. Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930.

    ↩︎


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