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1207 Les habitants de Cuchery et de Belval ont dû être interpellés par la charte de fondation de La Neuville-aux-Larris. Ils appartiennent à la même seigneurie que le nouveau village, mais ont-ils obtenu, à cette époque, les mêmes droits assortis des mêmes devoirs ? Cette charte mentionne le droit pour les Neuvillats d’avoir sept échevins, des jurés et un maire nommé par le prieur, sans préciser le lieu de leurs réunions.
1354 21 mars Une transaction homologuée par l’administration royale, conclue entre le prieur de Belval et l’assemblée de 64 habitants de la seigneurie devant le prévôt de Châtillon-sur-Marne, conforte la preuve qu’il existe une administration communale tant à Cuchery qu’à Belval. L’affaire est grave, presque tous les chefs de famille ont dû venir en renfort. En temps ordinaire, il n’est pas sûr qu’ils aient été si nombreux à se réunir dans chacun des deux villages. La transaction rappelle que les habitants ont le droit d’élire des « preudhommes » pour vérifier la répartition du cens et des « saintieux » qui vont verser la taille au sergent du seigneur. Ils élisent par ailleurs un garde-bois autorisé à prélever des amendes. Afin de procéder au choix de ces agents, une ou plusieurs réunions ont bien dû se tenir, au sein d’une assemblée qui possède un budget propre.

Fin XVIIe-XVIIIe siècles Les Cucheriats ont leur assemblée désignée par les paroissiens à la sortie de la messe dominicale ou des vêpres. Convoquée par le représentant du prieur de Belval ou par le syndic, elle rassemble les chefs de famille roturiers. Ce syndic, qui les représente, est choisi par eux au moins pour l’année, à haute voix. Les archives ne nous donnent pas une idée précise de l’ambiance qui règne dans cette assemblée, ni de la fréquence de ses réunions. S’y distinguent les « notables », qualifiés de « principaux habitants du village », qui sont les plus forts « taillables ». Sous le contrôle des autorités royale, seigneuriale et diocésaine, elle répartit les impôts, dispose de biens communaux qu’elle gère, reçoit le maître d’école et fixe le calendrier des travaux agricoles. Durant une partie du XVIIIe siècle, cette assemblée est tenue de recenser les miliciens appelés au service militaire. Elle ne dispose pas de force de police, cela relevant des officiers seigneuriaux, qui sont des natifs du village, et de l’intendant de Champagne. Ce dernier, au XVIIIe siècle, a sous ses ordres les brigades de la maréchaussée, Cuchery dépendant de la brigade de Dormans.
1728, 1738 Le prieur de Belval, Robert Pitat, puis le curé de Cuchery, Pierre Thomé, évoquent les rapports difficiles qu’ils entretiennent avec les Cucheriats. Des meneurs de « chicane » ont réussi, en 1728, à faire baisser le montant de la dîme. Dix ans plus tard, dans une lettre du 23 juillet 1738, Pierre Thomé écrit à l’évêque de Soissons que « deux ou trois habitants de Cuchery » refusent de payer les réparations de son église, activés par un « menteur, plaideur et chicaneur, mauvais sergent du village ». Brosse-t-il ici le portrait du syndic ? En réalité, c’est toute l’assemblée du village qui refuse de payer2.

1775-1778 En septembre 1775, le syndic de Cuchery, Jacques Orban, âgé de 40 ans, est vigneron, père de six enfants, dont cinq qu’il verra mourir. En 1776, propriétaire de deux maisons, il paie 15 livres 9 sols de taille principale, ce qui le place dans la minorité des « gros » taillables du village, sachant lire et écrire. Occupe-t-il toujours cette charge le 1er juillet 1776, lorsque les Cucheriats, impuissants et anéantis, regardent le chef-lieu de leur village se faire dévorer par un incendie ? Un fléau de l’époque qui revenait souvent l’été dans les campagnes. Le syndic a avisé aussitôt le procureur du roi du bailliage de Châtillon-sur-Marne, Jacques Alexandre Bruno de La Croix, qui est venu constater les dégâts et enregistrer le décès de Nicolas Servenay, l’unique victime trépassée dans ce désastre. L’intendant de Châlons-sur-Marne a été alerté, de même que l’évêque de Soissons3. Obtenir des secours n’a pas été sans difficultés, ainsi a-t-on oublié des nécessiteux sur la liste des sinistrés fournie à l’évêque. Ce dernier, après avoir déambulé tant bien que mal parmi les cendres du village, dans une lettre du 18 juillet 1776 envoyée à l’intendant, souligne qu’il a vu des habitants qui « vous regardent comme leur père ». Ajoutant, « je voudrais être assez riche pour leur procurer tous les secours ». Un état des incendiés et de leurs biens perdus a été adressé à l’intendance. En décembre 1776, l’évêque se fâche car les secours promis par celle-ci n’arrivent pas assez vite. M. Hurault de Sorbé, le sous-ingénieur, envoyé afin de superviser la reconstruction, a pris l’avis des « habitants les plus importants » du village. L’un d’entre eux, Charles Lefèvre, l’a même aidé à réaliser le plan, moyennant la somme de 30 livres. Un autre état, daté du 18 avril 1778, dressé par un certain Lelouvier, à la réquisition du bureau des incendiés de Cuchery formé du curé Simon Truteau, de Charles Féval d’Orcourt et du procureur fiscal, Christophe Magnier, nous détaille les sommes à verser à chaque sinistré ou propriétaire exproprié pour le redressement des rues. A cette date, une partie des maisons détruites est déjà reconstruite.
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D E . P A R . L E . R O I
G A S P A R D- L O U I S . R O U I L L E . D’ O R F E U I L
Chevalier, Grand-Croix, Maître des Cérémonies, honoraire de l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis, Conseiller du Roi es ses Conseils, Maître des Requêtes honoraire de son Hôtel, Intendant de Justice, Police et Finances en la Province et Frontière de Champagne.
« Vu l’Arrêt rendu au Conseil d’Etat du Roi le 5 novembre dernier, par lequel Sa Majesté auroit accordé sa faveur des Propriétaires de la Paroisse de Cuchery, dont les Bâtiments auroient été incendiés le premier Juillet dernier, une somme de neuf mille livres dont moitié payable dans le courant de la présente année 1777, et l’autre moitié payable dans le courant de l’année prochaine 1778, pour les aider à reconstruire les Bâtiments incendiés à condition de les couvrir en Tuilles ou en Ardoises, et que les dites reconstructions seront faites et exécutées dans le délai de trois ans et que les dits Propriétaires seront tenus de suivre les alignements qui leurs seront donnés d’après le plan qui auroit été mis sous les yeux de Sa Majesté, et qu’elle nous auroit chargé et commis de faire exécuter… »
Extrait transcrit d’une lettre de l’intendant de Champagne. 1777. Archives départementales de la Marne. C 758.

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< Gaspard-Louis Rouillé d’Orfeuil a été intendant de Champagne entre 1764 et 1790. Afin de soulager un peu les incendiés, l’administration royale prévoyait de les exempter de la taille pendant trois ans.
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A la même époque, selon une ordonnance de l’intendant, l’élection du syndic doit se dérouler en décembre.
1787 22 juin Le Parlement de Paris, dont dépend Cuchery sur le plan judiciaire, enregistre un édit royal portant sur une réforme territoriale notable. Il y est question de redéfinir le rôle de l’assemblée représentant le village. Cette assemblée doit être composée du seigneur, du curé et des roturiers payant au moins 30 livres d’impôt, eux-mêmes élus par les contribuables payant au moins 10 livres d’impôts.
1788 Election du syndic, Charles Philippe Féval, et de la nouvelle assemblée de Cuchery.
1789-1791 Les 3 et 4 mars 1789, l’assemblée du village se réunit dans l’église afin de rédiger le cahier de doléances de Cuchery et participer à l’élection indirecte des députés aux Etats généraux. La circonscription électorale retenue est le bailliage. Cuchery appartient à celui de Châtillon-sur-Marne qui était un bailliage secondaire, créé au XVIe siècle, puis rattaché à celui de Sézanne. En examinant le cahier de doléances de Cuchery présenté, nous observons que 18 Cucheriats seulement l’ont signé alors que le cahier de Belval compte 31 signatures et celui de La Neuville-aux-Larris, 28. En fait, les Cucheriats ont rédigé deux cahiers, cela nécessitant deux séances pour choisir lequel allait être présenté. Il se peut que les deux cahiers n’aient pas présenté le même nombre de signatures. Jean-Baptiste Alexandre, notaire royal, lieutenant et juge de la Justice de Belval, a présidé l’assemblée. C’est avec le vocabulaire de ce spécialiste en droit que le greffier, Charles Lefèvre, transcrit les doléances des Cucheriats qui ne possèdent certainement pas le même registre de langue, excepté Charles Féval, officier royal. La formulation des doléances a été guidée par la lecture de textes réglementaires réformateurs, provenant d’autres lieux et antérieurs à 1789. En témoigne l’annotation de l’article 15, proposant la création d’experts jurés dans chaque justice. Elle fait allusion à un règlement du bailliage de Langres, enregistré le 3 septembre 1770. A trois kilomètres de Cuchery, dans le village de Baslieux, l’un des seigneurs du lieu, Vol de Melleray, en tant que membre du bureau intermédiaire de l’élection d’Epernay, avait rédigé en mai 1788 un projet « d’établissement de juges de paix ». Il est fort probable que les Cucheriats en avaient eu connaissance.
Le curé de Cuchery, Gilles Gaillard, a été repoussé des débats. Néanmoins, il a été mis au courant des réclamations des Cucheriats, ce qui l’a conduit à faire connaître, en hauts lieux, son désaccord, non seulement avec certaines d’entre elles mais aussi avec les circonstances de leur rédaction. L’assemblée a désigné deux électeurs : Gérard Vivien et Charles Philippe Féval. Ce dernier, au moment d’élire le député du tiers état pour le bailliage de Sézanne-Châtillon-sur-Marne, soutient la candidature de son frère, Louis François Féval de Châtillon-sur-Marne, contre celle de Jacques Alexandre Bruno de La Croix, procureur du roi. C’est finalement Jean Pruche, gros propriétaire vigneron et maire de Dormans, qui a été élu député du tiers état du bailliage de Sézanne-Châtillon-sur-Marne, le 23 mars 1789.
L’impact immédiat de la naissance de l’Assemblée nationale, puis de la Constituante et la prise de la Bastille ne semblent pas avoir laissé d’indices dans les archives de Cuchery.

Extrait du Journal de Champagne 19 octobre 1789©Cliché C Chevry
La presse locale informe des travaux de l’Assemblée nationale au sujet des droits féodaux (qui ont été abolis le 4 août).
Du 30 novembre 1789 au 4 janvier 1790, en pleine déconfiture des finances publiques, est dressée la liste des Cucheriats qui ont versé un don patriotique, de 857 livres, à l’Assemblée nationale constituante. 90 chefs de famille cucheriats y figurent. Une grande majorité a donné moins de 10 livres, souvent 3 livres en trois payements. Les 21 autres chefs de famille cucheriats restants n’ont pas participé, à cause de leur pauvreté. Les trois plus gros donateurs sont le curé, Gilles Gaillard : 300 livres (sur le revenu de son bénéfice), Charles Philippe Féval : 72 livres et Gérard Vivien : 24 livres. Tous ont déclaré ne pas dépasser 400 livres de revenus. Cette somme correspond au revenu net à partir duquel une contribution patriotique, du quart du revenu, devait être versée. Au titre de cette contribution, le desservant de Belval a donné 72 livres, inscrit sur le rôle de La Neuville-aux-Larris, où il est le seul à donner plus de 12 livres. Le prieur de Belval a versé sa contribution à Reims de 200 livres pour 900 livres de revenus déclarés, tandis que Mme Dézoteux, née de la Felonnière, l’a payée à Château-Thierry à hauteur de 800 livres de revenus tirés de son fief de Grandcourt. Les archives ne contiennent pas de traces d’autres versements de dons ou contributions patriotiques à Cuchery pour le reste de la période révolutionnaire.

L’administration de la commune, d’après la loi du 22 décembre 1789, est confiée à un conseil général élu pour deux ans, formé pour un tiers, du conseil municipal, composé d’officiers municipaux dont le maire, et pour deux tiers, d’un conseil délibératif des notables. Cette même loi, complétée à plusieurs reprises en 1790, fixe les conditions pour devenir électeur, c’est à dire citoyen actif :
- être français, de sexe masculin, âgé d’au moins 25 ans ;
- avoir vécu au moins un an dans la commune ou le canton de domicile ;
- ne pas être en état de domesticité, d’accusation, de failli ou d’ insolvable ;
- avoir prêté le serment civique ;
- payer un impôt direct égal au moins à trois journées de travail. Cet impôt se monte à 10 journées de travail pour être éligible.
Cuchery compte 80 citoyens actifs, Belval, 110 et La Neuville-aux-Larris, 56. Les archives ne nous éclairent pas sur le déroulement des scrutins à Cuchery durant la Révolution. On y découvre toutefois qu’en mars 1790, Charles Philippe Féval est maire, et qu’il le reste jusqu’en décembre 1791. La commune de Cuchery appartient au district d’Epernay. Un certain Louis Honoré Brice, de La Neuville-aux-Larris, a été secrétaire dans son administration, et par ailleurs garde national sédentaire de 1789 à juillet 1792.
Les administrés ne sont plus soumis à la justice seigneuriale, désormais les affaires judiciaires de proximité relèvent du juge de paix, siégeant à Châtillon-sur-Marne, élu indirectement par les citoyens actifs dès la fin de l’année 1790, puis nommé à partir de 1802. En 1791, il s’agit de Simon Pierre Moreau, né à Châtillon-sur-Marne, avocat à Paris et administrateur du district. A la fin du XIXe siècle, les Cucheriats continueront à employer la formule « aller manger une côtelette à Châtillon » quand ils se rendaient en affaire devant ce juge qui les prenait de haut.
Le 25 juin 1791, ou dans les jours suivants, il y a fort à parier que le maire et les habitants du vallon ont été avisés et émus de la fuite, qualifiée alors « d’enlèvement », et de l’arrestation du roi Louis XVI à Varennes, puisque sur le chemin de son retour, il a fait une halte à Boursault. Dans ce village, situé à moins de 15 kilomètres de Cuchery, le roi a rencontré le 23 juin 1791 les commissaires de l’Assemblée nationale qui ont assuré sa rentrée à Paris.
Une loi du 25 juillet I791 prévoit que les maires devront tous les ans, en août-septembre, effectuer un recensement de la population de leur commune. Il ne s’agit pas encore de dénombrement nominatif. Pour Cuchery, il nous reste quelques données globales portant sur le premier Empire.
1791-1794, la municipalité n’a pas eu à organiser la vente des biens de l’Eglise et des émigrés, vu qu’elle se déroulait au chef-lieu du district. Cependant, elle a dû accueillir l’expert architecte, Pierre Lelouvier de Châtillon-sur-Marne, venu par exemple estimer le bâti des moulins du prieur de Belval.
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1791-1914 Le maire est tenu de lutter contre la mendicité. Apparemment, le bureau de bienfaisance a dû s’éclipser sous la Révolution pour refaire surface dans les archives au XIXe siècle, se composant entre 1825 et 1837 de trois à cinq membres, cucheriats aisés, nommés annuellement par le préfet. Ses effectifs doubleront vers 1865. Ce n’est qu’à partir des années 1830 que les registres du bureau nous fournissent un peu d’informations sur les indigents, les malades à hospitaliser ou les infirmes. L’aide communale aux pauvres aptes à la besogne consiste essentiellement à leur procurer du travail dans les ateliers de charité qui ont construit les chemins. Pour les autres « pauvretiers », la commune distribue du pain, de l’argent, des fournitures aux écoliers…
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1792-1794. Le vigneron, Claude Frontigny, 66 ans, qui se trouve maire depuis janvier 1792, n’a pas les moyens d’intervenir contre les troubles occasionnés par la disette sévissant au mois de mars suivant. Tout le canton est touché. Les producteurs de céréales, au nom de la liberté de commerce, refusent de livrer leurs grains au chef-lieu. Des émeutes populaires éclatent. La Garde nationale de Châtillon-sur-Marne mène immédiatement une expédition chez les producteurs de grains pour les forcer à faire leur livraison, mais aussi pour les protéger contre les émeutiers. Parmi les fermiers concernés, sont repérés le sieur Gandon de Belval et d’autres de Cuchery ou Orcourt. L’entrée en guerre de la France, en avril 1792, contre l’Autriche, a aggravé la situation, du fait des réquisitions répétitives (en produits agricoles, chaussures, salpêtre…).
Les archives de Cuchery ne nous renseignent pas sur l’accueil que la commune a réservé à la naissance de la Première République proclamée le 22 septembre 1792. Cet avènement n’a peut-être pas eu dans le village l’importance que les historiens lui ont accordée.

Le 20 février 1794, le maire a sûrement assisté à la fête de la déesse de la Raison qui s’est déroulée à Châtillon-sur Marne, où son homologue avait invité tous les corps constitués du canton. Nous sommes à cette époque sous la Terreur, le Tribunal révolutionnaire envoie à l’échafaud de nombreux condamnés. Un certain Sébastien Bruno de La Croix fait partie des guillotinés, le 13 avril 1794, pour avoir comploté avec Hébert. Certains habitants du vallon le connaissent, puisqu’il est le fils de l’ancien procureur du roi au bailliage de Châtillon-sur-Marne. Son ami, Claude Emmanuel Dobsen, président du Tribunal révolutionnaire, n’a pas réussi à lui épargner la guillotine. Dobsen, habitant de Châtillon, l’homme de loi influent, s’est fait connaître dans le vallon en 1789 pour son élection comme député suppléant du tiers, mais aussi pour son rôle dans la rédaction du cahier général du tiers état, censé résumer les doléances de toutes les paroisses du bailliage.
1795-1800, Cuchery n’a plus de conseil municipal qui se voit remplacé par un agent municipal et son adjoint. Charles Philippe Féval a été cet agent, puis Jean-Louis Nanot lui a succédé.

1800-1804.Maire : Jean-Louis Nanot, né en 1759, chaufournier et propriétaire, à son poste jusqu’à son décès, le 12 floréal An XII. De 1802 à 1804, le maire est de surcroît comptable de la commune. Afin de l’assister dans le maintien de l’ordre public, en particulier dans la défense de la propriété et de ses fruits, il dispose désormais d’au moins un garde champêtre. Choisi pour sa bonne moralité, portant plaque de métal sur le bras, autorisé à se servir de hallebarde, sabre ou pistolet mais pas de fusil. Sa nomination doit être approuvée par la préfecture et sa rémunération assurée par la commune.
1805-1816 Maire : Maurice Bourbonnois, propriétaire vigneron, né en 1761, arrivé en germinal An XIII. A ses côtés, l’adjoint, Pierre Billard, vigneron, et le comptable, Louis Vizeneux, auquel a succédé Louis Orban, avant que le percepteur-receveur ne remplisse cette tâche.
Le premier édile participe aux opérations de recrutement des conscrits qui peuvent être amenés à marcher dans les guerres napoléoniennes. En 1806, quatre Cucheriats, nés de septembre 1784 à septembre 1785, ont été tirés au sort. Tous ont fait des réclamations, trois ont allégué des infirmités et un a rappelé que son frère était déjà en service. En 1810, à Cuchery, six conscrits ont été tirés au sort pour le bataillon de réserve du département de la Marne, puis à nouveau six en 1812 et sept en 1814. Le maire reçoit les certificats de congés de réforme des soldats. En 1807, lui est transmis celui de François Landat, âgé de 27 ans, conscrit en 1804 bien que déjà marié et père de famille, ayant servi au 14e régiment d’infanterie de ligne d’avril 1804 à janvier 1806. En 1810 arrive le congé du fils de l’adjoint, Pierre Joseph Billard, célibataire âgé de 21 ans. Son congé, comme celui de François Landat, précise pourtant qu’il a la taille réglementaire et ne présente pas de tares physiques.
Du 21 février au 20 avril 1814, des soldats de « troupes alliées », sans précision de leur nationalité au sein des archives municipales, occupent la commune qui s’en sort mieux que Montigny et Port-à-Binson, incendiés par les Russes. Les 12 et 13 juin 1814, le village les voit repasser et doit les loger. Maurice Bourbonnois et son successeur ont dû gérer les réquisitions imposées à la commune en denrées alimentaires, fourragères, charbon de bois pour le ferrage des chevaux et les dépenses engendrées (chiffrées à 5520 francs en 1816).
Sous la première Restauration, puis sous la seconde, le maire et les conseillers, qui sont nommés, doivent jurer fidélité au roi, obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume. En juillet 1815, alors que débute la nouvelle occupation partielle de la France par les troupes alliées, qui va durer jusqu’en 1818, Maurice Bourbonnois se voit remplacé par Pierre Frontigny, puis il retrouve vite son poste et va rester maire jusqu’en mars 1816. Fait-il partie des édiles déçus du retour à la monarchie ? Tel le maire de Belval-sous-Châtillon, Claude Malon, qui a été suspendu parce qu’il aurait proféré des propos injurieux à l’égard du nouveau gouvernement et manifesté ses vœux de rétablissement de Bonaparte.
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Fin des années 1810-1884 Excepté sous la Deuxième République, les décisions concernant la commune, en particulier son budget, continuent à être prises avec l’avis des dix à treize contribuables les plus imposés sur leurs biens fonciers sis à Cuchery, présents lors des séances du conseil municipal.
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1816-1825 Maire : Augustin Leblanc de Choisay, qui a pour adjoint Louis Orban. M. Leblanc est le seul maire du XIXe siècle qui ne soit pas né à Cuchery. Par une lettre du 6 juin 1816, émanant de la sous-préfecture, il est avisé du projet de constitution d’une légion de la Garde nationale au niveau de l’arrondissement de Reims. Cette légion compterait deux bataillons ruraux. Dans la 3e compagnie d’un de ces bataillons, Cuchery aurait 13 gardes et dans la 4e compagnie, Belval-sous-Châtillon en aurait 14. Au mois d’août 1816, le conseil municipal préfère réserver l’argent, qu’il a reçu de l’Etat, à soulager les pauvres plutôt qu’à célébrer la Saint-Louis. Décision qui a été accueillie à la sortie de la messe par des « Vive le roi ! ». La misère de la population est telle qu’elle conduit, les 5, 6 et 7 juin 1817, à des séditions et au pillage des blés des cultivateurs dans le vallon et ses environs. Le maire de Cuchery fait partie des victimes. Parmi les émeutiers, se distinguent des manouvriers vignerons de Belval, Jean-Pierre Chamouille et Dominique Cortet, deux des principaux meneurs, ainsi qu’ Antoine Talle et son épouse Marie-Thérèse Choix. Vers le mois de juillet 1825, Augustin Leblanc présente sa démission.
1825-1831 Maire: Florentin Mimin, né en 1793, propriétaire et cultivateur. Au début du printemps 1826, l’opinion publique française est remuée par le projet de Villèle, ministre de Charles X, visant à rétablir le droit d’aînesse. Qu’en ont pensé les Cucheriats et leur maire en particulier ? Celui de La Neuville-aux-Larris, Simon Brice, a pris la plume pour exprimer son opposition à ce projet, dans une lettre parue dans Le Constitutionnel du 18 mars 1826.

1831-1848 L’autorité municipale progresse. Le conseil municipal est élu au suffrage censitaire depuis la loi du 21 mars 1831. En son sein, le préfet a nommé le maire et l’adjoint en novembre 1831.
1831 novembre-1843 Maire : Jean-Pierre Vizeneux, né en 1797, propriétaire et cultivateur.
1831-1833, 1834 Constitution d’un bataillon cantonal de la Garde nationale, regroupant Cuchery et les communes du pourtour. Simon Brice, de La Neuville-aux-Larris, en est le chef en 1834. Le conseil municipal demande des crédits pour financer l’instruction de deux élèves tambours de ladite garde.
Entre 1832 et 1834, le maire aide le géomètre envoyé par l’administration départementale, M. Gaillard, à réaliser le plan cadastral parcellaire de Cuchery. Document très attendu par les administrés, présentant des méridiennes reliant les clochers des communes. De son côté, en 1827, l’archevêque de Reims avait déjà envoyé aux curés du diocèse l’autorisation de laisser monter dans le clocher de chaque église le géographe chargé de confectionner la carte d’Etat-major.
En 1834, la commune de Cuchery compte 50 électeurs communaux, payant tous plus de 20 francs de contributions directes, et 25 suppléants qui paient entre 15 et 20 francs. Henry Joseph Aubry, le plus fort contribuable, doit verser 242,47 francs. En 1836, l’année de son décès, sa contribution se monte à 253,19 francs, ce qui lui aurait permis d’être le seul Cucheriat électeur aux législatives de 1837, mais non éligible. Henry Joseph Aubry n’a pas été maire. Sous la Monarchie de Juillet, d’autres « gros » du village l’ont été, moins fortunés et peut-être moins jalousés et plus disponibles que lui.
1834-1836 La commune est propriétaire d’environ 37 hectares de terrains. L’usage d’une partie d’entre eux est soumis au versement de droits qui contribuent à alimenter ses minces recettes ordinaires, une autre provenant des centimes additionnels aux contributions directes. En juin 1836, est dressé sous la surveillance du maire et de son adjoint le premier état nominatif de la population. Le recensement commence par Orcourt et Menicourt. L’agent recenseur est allé de maison en maison sans respecter un ordre précis, les domiciles ne portant pas de numéros à cette époque.
1837 La loi reconnait la personnalité civile de la commune, le conseil municipal peut délibérer en matière de gestion communale (budget, acquisition).
1843-1848 Maire : Florentin Mimin. Son mandat commence au dernier trimestre de 1843. Quelques années après, sa place de premier magistrat va être convoitée par un jeune ambitieux, Jean-Baptiste Sibeaux, propriétaire et gérant de l’auberge située en face de la maison communale, capitaine de la Garde nationale. En 1847, sans l’autorisation du maire, il fait tirer par sa compagnie une salve de fusils aux portes du presbytère et laisse parader sa compagnie dans le village, sous le prétexte d’accueillir le nouveau desservant. Ce délit lui a valu le 17 septembre 1847 d’être condamné à verser 100 francs d’amende.
1846 mai Les bataillons de la Garde nationale de Châtillon-sur-Marne et Cuchery réunis comptent 1200 gardes, « la plupart complètement équipés […] tous dans une tenue convenable »8, disposant de pièces d’artillerie et de corps de musique. Valentin Quénot, de La Neuville-aux-Larris, promu capitaine du bataillon de Cuchery, en tire fierté .
1847 mars Le maire recense huit indigents à Cuchery; en plus des deux gardes champêtres officiels, André Chenard et Jean-François Véret, il recrute sept gardes auxiliaires afin de surveiller les mendiants.
1848 Après la révolution parisienne de février, le suffrage universel masculin9 est réinstauré et la commune ouvre un atelier de charité employant douze chômeurs. En avril, Florentin Mimin démissionne et est remplacé par Pierre Louis Vizeneux au poste de maire, qui a pour adjoint, Jean-Baptiste Sibeaux. En juin, le maire reçoit l’ordre de faire des patrouilles de jour comme de nuit par la Garde nationale, aucun trouble n’est signalé à Cuchery.

Les 30 et 31 juillet, a lieu l’élection du conseil municipal. Deux « camps » s’affrontent, celui des « cultivateurs » contre celui des « vignerons ». Au mois de septembre, Jean-Baptiste Sibeaux, du camp des « vignerons », s’installe, et pour longtemps, dans le fauteuil de maire.
Les 10 et 11 décembre, se déroule l’élection du Président de la République. Cuchery est le chef-lieu de la 2e section électorale du canton de Châtillon-sur-Marne, regroupant les électeurs de sept communes. Le scrutin tenu sous surveillance, dans la maison de Louis Sibeaux attenante à la maison commune, se conclut dramatiquement. Pierre Antoine Moreau, sergent de la Garde nationale et habitant de Menicourt, empêche le président du bureau de vote, c’est à dire probablement le maire, d’emporter le cachet qui a permis de sceller l’urne électorale, en le faisant garder à vue par un factionnaire. Le président du bureau, sans doute en colère, menace alors de le traduire devant la justice correctionnelle pour avoir attenté « à la liberté d’un citoyen ». Pierre Antoine Moreau, croyant le déshonneur arrivé, se suicide le 12 décembre.
1849 En février, Jean-Baptiste Sibeaux est affligé par la perte d’un fils (mort-né), puis en avril, de son épouse âgée de 32 ans. Cela ne l’empêche pas de s’impliquer plus que jamais dans la vie municipale, satisfait d’observer que tous ses administrés de sexe masculin, en âge de voter, sont inscrits sur la liste électorale, publiée à son de caisse et affichée en vue des élections législatives du 13 mai. Dans le journal L’Association rémoise du 2 octobre, nous découvrons que 113 Cucheriats, dont le maire, signent deux pétitions envoyées à l’Assemblée législative. La première demande l’enseignement primaire obligatoire gratuit et donné par des institutions laïques. La seconde demande le maintien de la suppression de l’impôt sur les boissons. Nous sommes, à ce moment-là, en pleine épidémie meurtrière de choléra à Cuchery. Le maire, officier d’état civil, écrit dans les actes de décès qu’il assure lui-même le constat des décès, encadré de deux témoins. Cela correspond-il à la réalité ? Ce constat n’allait pas de soi quand il s’agissait de décès dus au choléra.
1851 En juin, la commune de Cuchery, à l’instar de celle de Belval et 27 autres de l’arrondissement de Reims, envoie une pétition à l’Assemblée nationale, demandant la révision de la constitution. Cette révision est encouragée par le préfet. Le député Nicolas Carteret dépose la pétition au bureau de l’Assemblée législative. Les 20 et 21 décembre, se déroule le plébiscite portant sur la ratification du coup d’Etat du 2 décembre 1851. Sur les 140 votants que compte Cuchery, 126 accordent leur « oui » contre 14 « non ».
1852 Sous le régime impérial, le maire est à nouveau nommé par le préfet. Dans une lettre du 16 janvier, un de ses administrés, Théodore Athanase Sibeaux11, géomètre arpenteur, adresse son soutien au prince-président. Avec lui, pense-t-il, triomphe le parti de l’ordre qui mettra fin aux exactions des démagogues sévissant depuis trois ans à Cuchery. Le même soutien est signifié dans une autre lettre, du 28 janvier, écrite par un groupe de Cucheriats qui signent « les habitants de Cuchery ».
Le journal L’industriel de la Champagne des 25 et 26 octobre rapporte que Cuchery et La Neuville-aux-Larris ont envoyé une adresse au prince-président à l’occasion du complot de Marseille.
Les 21 et 22 novembre, a lieu le plébiscite sur le rétablissement de l’Empire, sur les 141 votants de Cuchery, 137 l’approuvent, un seul a voté « non ». Quand a circulé la pétition en faveur du sacre de Napoléon III à Reims, 106 Cucheriats l’ont signée (66 à La Neuville-aux-Larris et 74 à Belval-sous-Châtillon).
1853 20-21 janvier Mariage de l’Empereur avec Eugénie de Montijo. A cette occasion, le conseil lui envoie une nouvelle adresse.
1854 Le maire et toute la population font face à une seconde épidémie sévère de choléra.

1855 La commune participe financièrement à l’érection d’un monument, à Châlons-sur-Marne, dédié à la mémoire du Vicomte Bourgeois de Jessaint, décédé en 1853, qui fut préfet de la Marne pendant 40 ans. C’est sous son administration que le cadastre de Cuchery avait été dressé; il avait servi les intérêts des éleveurs de moutons en favorisant la propagation des mérinos en Champagne afin d’améliorer les troupeaux.
Pendant la campagne des municipales, en juillet, Jean-Baptiste Sibeaux accuse ses adversaires de corrompre le scrutin et d’user de moyens indignes. Selon lui, ils auraient fait du porte à porte auprès des électeurs, leur distribuant des avances de blé et des prêts pour être élus. Ils auraient injustement mis en cause la gestion et l’intégrité de la municipalité sortante.
A la fin de l’été, le maire doit aller annoncer le décès de Jean Honoré Chenard à sa famille. Appartenant à l’armée d’Orient, ce soldat âgé de 22 ans a péri à l’hôpital de Doma-Batché pendant la Guerre de Crimée, le 22 août 1855. Il n’y a pas trace de dons que la commune aurait envoyés à l’armée d’Orient, comme cela s’est produit à Belval-sous-Châtillon le 6 février 1855.

1858 14 janvier Napoléon III échappe à l’attentat d’Orsini, le conseil municipal de Cuchery lui envoie à nouveau une adresse de soutien, se terminant par la formule en vigueur, « Vive l’Empereur! Vive l’Impératrice! Vive le Prince impérial ! »
Le 28 septembre, meurt à l’âge de 75 ans, en l’Hôtel des Invalides à Paris, le cucheriat Jean-Joseph Hédouin qui a reçu la médaille de Sainte-Hélène en tant que vétéran des guerres napoléoniennes.
1860 Cuchery compte 100 citoyens votant aux élections municipales de février.
1862-1863 La construction de la nouvelle mairie-école a soulevé de vives critiques contre le maire, de la part de citoyens qu’il qualifie de jaloux. Ces derniers trouvent la dépense trop lourde et le font savoir en distribuant des bulletins ou en discourant de porte en porte.
1868 16 août Une grande fête se déploie à Cuchery. Dans l’église, a lieu la bénédiction des travaux de restauration de ce bâtiment qui sont presqu’achevés. Un Te Deum est chanté en présence du doyen de Châtillon et plusieurs prêtres des environs. A la sortie de la cérémonie religieuse, une assistance nombreuse écoute le discours du maire précédé de celui de son invité, le maire de Châtillon, M. Hureaux, félicitant la commune des efforts qu’elle a faits en construisant des routes, une maison d’école-modèle, des fontaines publiques et lavoirs, financés par les seuls centimes additionnels. M. Hureaux salue par ailleurs les généreux donateurs qui ont permis la restauration de l’église, chantier qui a été soutenu par M. de Royer conseiller général, haut dignitaire de l’Empire. Les pompiers et leur fanfare sont de la partie et animent les rues du village. Même M. Lefèvre, le meunier de La Clicotte, a sorti son violon et s’est joint aux musiciens.
1870-1872 Le registre des délibérations municipales ne contient pas d’informations sur le plébiscite du 8 mai 1870, portant sur les réformes libérales entreprises depuis 1860 et la nouvelle constitution consolidant l’Empire. Quand la France rentre en guerre contre la Prusse, le 19 juillet 1870, ce n’est pas la mobilisation générale. A l’époque, les appelés sont encore tirés au sort et il est prévu qu’ils soient épaulés par des gardes mobiles. Le maire en recense trois à Cuchery : Maurice Martin, Léon Nanot et Maximin Ancien. Afin de les armer, en juillet 1868, avait bien été envisagé de créer un dépôt d’armes et d’effets d’équipements à la mairie de La Neuville-aux-Larris, mais ces mesures n’ont pas été efficientes en septembre 1870, lorsque les troupes prussiennes déferlent dans la région.
Nous n’avons pas écho de l’attitude du maire, nouvellement reconduit à son poste après les municipales d’août 1870, ni de celle des habitants du vallon au moment de l’invasion de la vallée de la Marne. La compagnie de pompiers, peu opérationnelle, a-t-elle tenté de protéger la population ? Sous l’occupation prussienne, qui commence le 17 septembre, le maire a dû répartir entre les habitants les réquisitions financières ainsi que celles de nourriture, de fourrage et de matériel.

1871-1872 En janvier-février 1871, Jean-Baptiste Sibeaux a le conseil municipal, le garde champêtre, le maître d’école et leurs alliés derrière lui, quand il fait face à l’opposition de l’abbé Miroy. Quelle place a pu occuper la brève et insolite campagne préparant les élections législatives dont le premier tour devait se dérouler dans le chef-lieu de canton, le 8 février, le jour même où l’abbé Miroy était emmené à Reims ?
Le 7 mai 1871, a lieu le 2e tour des municipales qui aboutissent le 11 juin à l’élection d’un nouveau maire, Pierre Louis Vizeneux, dont l’élection a été annulée pour irrégularité dans le dépouillement. Ce qui le conduira avec cinq autres conseillers, en 1872, à dénoncer auprès du préfet la « malhonnêteté » de Jean-Baptiste Sibeaux, retrouvant son fauteuil de premier édile au début du mois de juillet 1871.
Les maires ont dû être avertis des paroles du chef de l’exécutif, Adolphe Thiers, traitant Léon Gambetta de « fou furieux », pour sa politique de poursuite de la guerre contre les Prussiens. Des élus du canton, qui approuvent Thiers, le font alors savoir, tel le maire de La Neuville-aux-Larris. Celui de Cuchery lui a -t-il emboîté le pas ? A l’instar de nombreuses communes françaises, le village subit les retombées de ce que le conseil municipal appelle « l’invasion allemande ». Son registre indique comme il se doit le coût des réquisitions, soit environ 14 200 francs à la date du 10 décembre 1871. La sous-préfecture ne semble pas avoir demandé à la commune d’autres renseignements sur ce qu’elle a subi. Rien notamment sur le traumatisme qu’a pu engendrer l’exécution de l’abbé Miroy, seule victime dans le village. Parmi les soldats cucheriats mobilisés, les registres de décès ne dénombrent pas de tués.

1873 Jean-Baptiste Sibeaux est resté maire jusqu’à sa mort, le 24 octobre 1873. Le jour de ses obsèques, le conseil municipal lui rend hommage. Le maire de Cuisles, M. Bellot, s’y associe, prononçant un vibrant discours. Le défunt n’y est pas présenté comme le coupable que certains auteurs, tel H. Vidal, ont fait de lui dans la mort de l’abbé Miroy. M. Bellot tient à rappeler « qu’il ne faut pas qu’il fut dit que dans le corps des maires du canton de Châtillon, il y ait eu un des leurs qui se soit flétri par un acte antipatriotique et blâmable ». Rappelons que sous les 25 ans de « règne » de Jean-Baptiste Sibeaux, nous pouvons mettre à son actif plusieurs chantiers : édification de la nouvelle mairie-école, remaniement de l’église, poursuite de la construction des chemins… qui ont certes endetté la commune.
1873-1878 Maire : Pierre-Louis Vizeneux, qui a succédé à Jean-Baptiste Sibeaux dont il était l’adjoint.
En juillet 1878, aux élections législatives partielles de la IIe circonscription de la Marne, Cuchery, Belval et La Neuville ont voté en majorité pour Louis Roederer, candidat « constitutionnel » de droite, dont l’élection d’octobre 1877 avait été invalidée. M. Roederer a finalement été battu par le docteur Thomas, de la gauche républicaine et député sortant, dont les agents électoraux ont mené une « activité dévorante »12.
Les séances du conseil municipal se déroulent plutôt le dimanche après midi, ce qui permet de réunir suffisamment de conseillers pour délibérer. Même quand il s’agit d’élire le maire, le conseil municipal peut ne pas se retrouver au complet.
1878 Décembre-1885 Maire : Pierre Frontigny-Demoulins, né en 1819. Quand il entame son mandat, la question de la laïcité à l’école divise les Cucheriats. A l’instar d’autres maires de Cuchery du XIXe siècle, il lui arrive d’annuler des séances du conseil municipal, quand seuls trois ou quatre conseillers daignent répondre à la convocation.
Quelques mois avant les législatives de 1881, chaque camp politique continue de plus belle à faire sa propagande, dans les journaux et par les discours d’agents sur le terrain. Certains ont dû parvenir jusqu’à Cuchery. Un nommé Pierre Charles Constantin Fayet, propulsé adjoint au maire de Châtillon-sur-Marne, a l’air d’être actif en ce domaine. Louis Remy Poussant, le maire de La Neuville-aux-Larris, en 1881, décrit un « manitou du fétichisme républicain […] un touchatou qui fait aujourd’hui la pluie et le beau temps dans le canton de Châtillon »13 qui pourrait bien correspondre à ce Fayet, né à Lagery et notaire de 1855 à 1877. Sa mère, Henriette Gandon, est née dans le vallon de Belval, à La Charmoise. Son frère Emile, communard, a pris le chemin de l’exil en Belgique.
En septembre 1885, le maire présente sa démission.
1885 Octobre-1888 Maire : Maurice Martin. Aux cantonales d’août 1886, Cuchery a voté pour le candidat républicain opportuniste, M. Neveux, vaincu dans le canton par le candidat de droite sortant, M. Desrousseaux.
1888-1902 Le conseil municipal pâtit de turbulences. Le maire, Charles Mimin, élu en mai 1888, préside un conseil houleux le 23 juillet 1889, au cours duquel il est accusé de s’approprier illégalement un sentier menant à son moulin de la Clicotte. Le journal Le Temps du 18 juin 1890 fait part de la dissolution du conseil municipal de Cuchery, faute d’accord sur le budget communal. Jusqu’en décembre 1890, une délégation spéciale remplace donc le conseil, présidée par Jean-Baptiste Chatelain qui va devenir maire et reconduit à ce poste en mai 1892.
En août 1892, le canton auquel appartient Cuchery élit un conseiller général de gauche, Adolphe Carré-Legrand, épicier, ami de Pierre Charles Constantin Fayet et comme lui devenu adjoint au maire de Châtillon-sur-Marne. 11 maires sur les 19 du canton ont soutenu sa candidature.

Le 22 septembre 1892, Jean-Baptiste Chatelain veille à ce que soit célébré à Cuchery l’anniversaire de la Première République. En mai 1893, il remet à l’Union des femmes de France une petite somme de 17 fr 25, récoltée par les jeunes gens du village afin d’aider les blessés dans la guerre coloniale au Dahomey15. Le 26 août 1894, son conseil vote des crédits pour l’érection d’un monument à Châlons-sur-Marne à la mémoire du président Carnot qui venait juste d’être assassiné le 24 juin.
Charles Mimin redevient maire de 1895 jusqu’à son décès en 1902. A cette époque, le conseil municipal doit souvent examiner les demandes d’envoi en congé des soldats soutiens de famille.
1902-1912 Maire : Armand Arnould. Propriétaire vigneron, chevalier du Mérite agricole, de concert avec son conseil municipal, M. Arnould apporte son soutien à la révolte des vignerons en Champagne. Certains de ses administrés ont peut être entonné La Varossienne, chant révolutionnaire sur l’air de La petite tonkinoise, au dire des anciens, lorsqu’ils ont rejoint les Belvatiers et Baslieutains dans la grande marche vers Ay du 12 avril 1911. Quelques semaines plus tard, une affaire met en émoi le village. Au premier étage de la mairie a lieu l’arrestation d’Alcide Rémi Ramillon, un « chicanier » d’Orcourt, « propagandiste de la candidature blocarde » aux législatives de 1910, selon L’Indépendant rémois, qui a été injustement accusé d’avoir incendié par vengeance des meules d’Adolphe Lecart, cultivateur et lui aussi conseiller municipal de Cuchery16.

1912-1919 Maire : Louis Lebert, élu à l’âge de 49 ans. A cause de la guerre, son mandat qui aurait pu se terminer en 1916, a été reconduit jusqu’en décembre 1919, les élections municipales n’ayant pas eu lieu.
1913 14 juillet Le maire remet aux vétérans qui ont combattu dans la guerre de 1870-1871 une médaille commémorative, créée par la loi du 9 novembre 1911. A cette date, on compte à Cuchery moins d’une quinzaine d’hommes qui auraient pu être en âge de combattre durant cette guerre. Combien ont demandé et combien ont obtenu le droit de recevoir la médaille 42 ans après la fin des combats ?
1914-1919 Pendant la Première Guerre mondiale, le village va voir passer ou cantonner de nombreux soldats se rendant jusque sur les lieux de combats les plus proches ou jusqu’aux gares comme Epernay, afin de rejoindre des fronts plus lointains. Durant l’été 1918, c’est le vallon de Belval qui devient à son tour un terrain de combats très violents. On se bat aussi dans les airs. Les ballons d’observation survolent les lieux. René Fonck, un des as de l’aviation, dans l’escadrille SPA 103, remporte ses 52e et 53e victoires au dessus de Cuchery, le 18 juillet 1918.
1914 A partir du 2 août, le maire a dû veiller à ce que la mobilisation générale et les réquisitions se déroulent au mieux. Cette mobilisation a perturbé les travaux agricoles, justifiant la circulaire que lui envoie le préfet, André Chapron, le 4 août, l’invitant à grouper les bonnes volontés afin de terminer les moissons. Le 3 septembre, Cuchery est traversé par le 110e régiment d’infanterie, parti de son cantonnement de Treslon qui se dirige vers Saint-Martin d’Ablois, avant d’aller se battre contre les Allemands dans la région d’Esternay. Selon l’Almanach de la guerre de Reims et de la Marne, des troupes allemandes sont passées par Belval-sous-Châtillon, « ne causant aucun dommage ». Cependant, des actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens à Cuchery, Belval-sous-Châtillon et La Neuville-aux-Larris ont été rapportés devant la justice. Le 110e régiment d’infanterie repasse par Cuchery le 12 septembre, pour se diriger vers Reims. Ce même jour, cantonne à Cuchery le 73e régiment d’infanterie en marche dans la même direction. La veille c’est le 3e groupe du 27 e régiment d’artillerie de campagne qui avait bivouaqué. A cette date, on déplore déjà deux soldats cucheriats morts au combat, l’un à Soizy-aux-bois près de Sézanne et l’autre à Fumay dans les Ardennes.

Louis Lebert, dont le conseil est amputé de la moitié de ses membres, partis aux armées, a dû se plier aux ordres des autorités militaires ou préfectorales. Qu’il s’agisse de passage et cantonnement des troupes, de l’accueil possible de réfugiés arrivant des zones envahies, de l’évacuation de la population cucheriate lors des combats de l’été 1918, du nettoyage du champ de bataille ou bien encore de l’organisation du retour des habitants dans le village.

Quelques carnets ou journaux de campagne et les historiques des régiments nous fournissent les impressions des militaires sur le village ou sur la tenue des troupes cantonnées. Ainsi Cuchery est qualifié de « charmant petit pays où l’on est très bien reçus par les civils », le 22 novembre 1915 et « d’assez jolie patlin », le 11 décembre 1915. Entre temps, le 1er décembre, Edmond Buat, futur général, commandant alors la 245e brigade d’infanterie, vient visiter son 6e régiment cantonné à Cuchery, Champlat et autres lieux. Il note que « les hommes sont dispos, alertes, qu’on s’occupe à les habiller mieux », que «leur stationnement est à organiser plus pratiquement, ainsi que les détails des cantonnements des petites unités ». Le 2 décembre, il se met à la manœuvre et écrit « qu’à ce point de vue le pays est tout ce qu’il ya de plus favorable ». Le commandant du 6e régiment lui raconte comment il est arrivé à Cuchery après la première bataille de la Marne17. Le 28 décembre 1915, le sergent Bec, du 96e régiment d’infanterie, cantonné à Cuchery jusqu’au 16 janvier 1916, précise en y arrivant : « on nous loge dans des granges. Bien installés mais le village n’est point fameux. Je le compare presqu’aux Crozes18. Il y a une église sans curé, les habitants ne sont pas des plus dévots, aussi est-elle bien triste, vide, déserte […] 1er janvier 1917, les soldats voient leur ordinaire un peu amélioré, oranges, champagne, cigares ». Le 25 mars 1917, le sergent-fourrrier Marchand assiste à la messe du matin dans l’église de Cuchery, remarquant qu’elle est très ancienne et a de jolis vitraux. Il note que les « gens du pays sont aimables ». Entre le 7 et 23 mai 1917, le 229e régiment d’infanterie cantonné à Cuchery et Belval se serait « fait remarquer pour son bon esprit et sa belle tenue ». Le 28 juin 1918, Cuchery est qualifié de « pauvre pays » peuplé de « pauvres gens ». Les soldats de passage ont fréquenté les cafés du vallon, discuté avec les villageois et plus que sympathisé avec certaines femmes.
Le maire a été investi de la délicate mission d’aller remettre l’avis officiel de décès des soldats cucheriats tombés à leur famille, avec les condoléances du ministre de la Guerre. Comme au XIXe siècle, entre le décès des soldats et la transcription à la mairie, pouvaient s’écouler plusieurs mois angoissants, voir plusieurs années. Il a fallu veiller à ce que les femmes nécessiteuses : épouses, veuves et mères, des militaires rappelés sous les drapeaux, reçoivent une indemnité journalière de l’Etat. En février 1915, cette somme de 2343,75 francs, est versée par la perception de Cuchery pour les 36 familles cucheriates concernées. L’appel sous les drapeaux a fait baisser fécondité et nuptialité (9 conceptions et 6 mariages pendant le conflit).
1918 A la fin du mois de mai, la population est évacuée, laissant une partie de son mobilier sur place. On a retrouvé certains de ses meubles le 4 juillet, éparpillés dans les bois de Fleuris19, qui seront pulvérisés quinze jours après. En juillet, c’est le tour du maire et de ses services qui vont s’installer au château de la Charmoye près de Montmort, ayant apparemment réussi à épargner le plus gros des archives municipales. Ses administrés ne se sont pas tous retrouvés dans le sud de la Marne, certains ont fui dans l’Aube ou dans des départements plus méridionaux, les enfants de certaines fratries se sont retrouvés séparés. Les évacués ne sont pas tous revenus en même temps. Des autorisations préfectorales de rapatriement ont été nécessaires pour ceux qui avaient fui au delà de la Marne. Le maire ne fait pas partie des premiers revenus. En attendant son retour, qui a eu lieu le 20 août, le garde champêtre, Paul Orban, a répondu aux enquêteurs envoyés par le Ministre de la guerre. A la demande du préfet, il a dû surveiller les biens des habitants qui n’étaient pas encore rentrés.

1919-1940 En 1919, les citoyens retrouvent le chemin des urnes aux municipales, cantonales et législatives. Louis Lebert, réélu maire en décembre 1919, démissionne en février 1921. Il se sent fatigué, découragé par la perte de son cheptel et l’impossibilité de remettre ses 40 hectares en culture, faute de trouver du personnel. Isidore Charbonnier lui succède et démissionne lui aussi, en novembre 1922. Louis Lebert redevient alors maire, promu, en juillet 1927, chevalier du Mérite agricole. Distinction qui prend probablement en compte les services qu’il a rendus à la commune et son investissement dans la Coopérative de reconstruction. Son successeur, élu en 1929 et réélu en 1935, Pierre Lefèvre, a fait ses premières armes au service de la population en tant que conseiller municipal et en présidant, en 1901 « La Solidarité », société de secours mutuels. Dès la fin des années 1920, on l’aperçoit à la direction de « La Renaissante », société de musique qui offrait des cours de musique gratuits20.
Durant les mandats de ces trois maires sont réalisés des travaux de reconstruction du bâti public, de voirie, d’adduction d’eau et d’électrification. La commune de Cuchery est « adoptée » par une commune marraine de Seine-et-Oise, Grisy-les-Plâtres, commune qui s’engage à verser pendant dix ans une rente de 500 francs en faveur d’une œuvre de reconstruction de sa filleule. Le conseil municipal prévoit d’affecter cette somme à l’achat d’une horloge publique sur les bâtiments scolaires. La commune d’Arronville, en Seine-et -Oise, envoie en mars 1922 un don de 200 francs afin de soutenir le village éprouvé par la guerre.
1940-1943 Pierre Lefèvre reste maire pendant la Seconde Guerre mondiale malgré son grand âge, il a 81 ans en 1940, jusqu’à sa mort. Les relations qu’il a entretenues avec son secrétaire, l’instituteur Arthur Férat21, ont été épineuses, leurs dissensions ayant alimenté quelques commérages feutrés dans le village.

Avant l’invasion allemande, la commune se voit imposer les ordres des autorités militaires françaises : passage de troupes22, logement de militaires, évacuation quand la Wehrmacht a déferlé. Puis, après le retour de l’exode de juin 1940, sont venus les ordres de la préfecture de l’Etat français. Le maire a répondu consciencieusement aux enquêtes de l’agent administratif cantonal, Gaston Alexandre, de Courmas, et à celles du Commissariat spécial de Reims. Le service d’état civil redémarrant, il retranscrit en octobre une naissance qui a eu lieu durant l’exode dans une ferme de l’Aube. Les opérations militaires locales de juin 1940 ont fait au moins deux soldats morts à Cuchery, l’un français et l’autre allemand enterré à côté de l’église qui sera translaté un peu plus tard.

Le maire a dû gérer le suivi des prisonniers de guerre23, les réquisitions, le rationnement des ménages en produits alimentaires ou ménagers et des viticulteurs en produits phytosanitaires. Tous ses administrés ont été sommés de ne pas se rassembler sans autorisation, de balayer devant leur maison (mesure plutôt saluée par la population) et de ne montrer aucune hostilité au culte du maréchal Philippe Pétain. Le 17 juin 1941, une cucheriate ayant donné naissance à son treizième enfant (et quatorzième, c’étaient des jumeaux), lui donne le deuxième prénom de Philippe et reçoit une timbale de parrainage en argent de la part du chef du gouvernement.
La municipalité a dû procurer des logements aux réfugiés qui se sont plaints auprès du préfet d’être mal vus par des Cucheriats renâclant à leur proposer du travail ou à les servir chez les commerçants. En septembre 1943, au moins cinq familles de réfugiés supplémentaires arrivent du Pas-de-Calais.
Le maire et ses administrés ont bien sûr été informés des lois antisémites du régime de Vichy. Les témoignages des Cucheriats ayant vécu cette période laissent deviner qu’ils se sont vraiment rendus compte de la portée dramatique de telles lois quand ont disparu les médecins, les créanciers, les commerçants juifs rémois et sparnaciens qui avaient affaire avec eux. Ces mêmes témoins ne mentionnent guère d’habitants qui se seraient engagés dans la Milice, un seul nom semble ressortir, se rapportant à un jeune homme né en 1920, absent à la Libération. Au moins un travailleur volontaire est parti dans le cadre de la Relève. 1920, 1921, 1922, puis le dernier trimestre 1919 renvoient aux années de naissance des jeunes gens astreints au STO, créé en février 1943. Sept ou huit jeunes Cucheriats sont alors en âge d’être requis. Le maire les a-t-il tous recensés comme agriculteurs, profession qui les a exemptés pour un temps, si nous nous fions aux règles du gouvernement du 1er mai 1943 ?
Si nous effleurons le délicat sujet de la délation, quelques familles du village en ont gardé la mémoire, évoquant la dénonciation non pas de de Juifs, de résistants ou de communistes, ou supposés l’être car ce n’est qu’en novembre 1944 qu’une cellule communiste a été créée à Cuchery, mais plutôt d’habitants censés avoir omis de déclarer des denrées soumises à réquisition ( porcs…).
En décembre 1943, la municipalité rend hommage à Pierre Lefèvre lors de ses funérailles qui ont été suivies par un cortège que de mémorables rafales de vent avaient ralenti.

1944-1945. Gaston Chevry, devenu maire à l’âge de 56 ans, décoré de la Croix de guerre et de la Médaille de la victoire, reste à son poste jusqu’aux municipales de 1945. Le 29 août 1944, la nouvelle de l’anéantissement de l’imprudent maquis de Chantereine à cinq kilomètres de Cuchery a consterné la population24, mais en même temps l’arrivée des troupes du général Patton a été un soulagement25. Le caractère lacunaire des archives ne permet pas de cerner précisément l’attitude officielle du maire en cette période de confusion. A-t-il salué l’action des résistants locaux, dont les FFI, ayant aidé à la libération du territoire ? Certains d’entre eux auraient tiré profit de l’argent de la Résistance ou d’un marché noir équivoque, avec la réprobation silencieuse de la population et de son premier magistrat. Le 24 janvier 1945, une adresse parue dans La Champagne, organe régional du Parti communiste français, laisse entrevoir la mésentente locale entre les résistants. Le Cucheriat, Paul Quénot, y est cité pour avoir manqué d’égard dans ses propos envers le Front National, mouvement de résistance créé en 1941 à l’instigation du Parti communiste français. Paul Quénot a appartenu aux réseaux de résistance « Action-BOA-CDP3 » et « Possum », démantelés à la fin de l’année 1943 26, puis s’est engagé dans les FFI.
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1945-1953 Les 29 avril et 13 mai 1945 ont lieu les deux tours des élections municipales, remportées par une liste « Entente républicaine contre le fascisme ». Pour la première fois, les femmes ont le droit de voter27. Mme Gilberte Nolin devient la première cucheriate conseillère municipale. Patriote fervente, certainement interpellée par l’arrestation et la déportation de sa soeur, Madeleine Remi, impliquée dans le réseau « Possum ». Tous les élus du premier tour sont SFIO, sauf le maire, M. Fernand Felloni, qui est communiste, revenu d’un stalag proche de Wiesbaden. Faisant partie des perdants de 1940, il a été coupé de la population pendant sa captivité mais il est soutenu par un parti dont la propagande était efficace. Nous n’avons pas trace d’un accueil festif des prisonniers de guerre mis en place par la mairie à leur retour. Des bals populaires se sont organisés spontanément dans le village à l’annonce de la capitulation de l’Allemagne signée à Reims le 7 mai. Cependant, dans les familles où on attendait encore le retour d’un prisonnier, l’anxiété a continué de régner, mêlée dans au moins un cas à la crainte que le revenant ne découvre l’infidélité de son épouse pendant la longue absence. Anxiété justifiée, puisque la seule victime de la Seconde Guerre mondiale inscrite sur le monument aux morts de Cuchery est précisément un prisonnier de guerre tué sur le chemin du retour.
En juin 1947, le maire demande qu’on lui attribue une jeep des surplus américains pour ses besoins personnels. En octobre suivant, nous sommes alors depuis un an sous la IVe République, de nouvelles élections municipales ont lieu. Une liste « Union et Entente républicaine » est élue, accordant à M.Felloni un nouveau mandat de maire qu’il conduira d’une façon jugée fantaisiste par certains de ses conseillers. A partir de cette date, le conseil municipal n’a plus compté de femmes, il faudra attendre bien des années leur retour dans ce corps. Le 9 octobre 1950, au temps de la Guerre froide dans le monde, « Les combattants pour la paix et la liberté », mouvement récupéré par les communistes, organisent une réunion à la mairie de Cuchery.

1953-1992 Liste des maires :
- 1953-1959 : Louis Joseph Dervillers;
- 1959-1977 : Marcel Quénot;
- 1977-1983 : Pierre Menué;
- 1983-1984 : Claude Quénot ( démission suite à une mésentente au sein du conseil municipal, en particulier au sujet des équipements en eau de la commune ) ;
- 1984-199228 : Michel Moreau.


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NOTES
- Pièce de monnaie trouvée dans une vigne de Cuchery. ↩︎
- Voir : Le prieuré de Belval : un voyage à travers les siècles ↩︎
- Dans l’élection de Troyes, des impositions ont été levées pour secourir les sinistrés cucheriats. Poursuivant le même but, l’évêque de Soissons, Mgr de Bourdeilles, a organisé une quête dans son diocèse. Les archives ne précisent pas si les Cucheriats ont contribué par la suite à alimenter la caisse du bureau des incendiés, créée par Mgr. De Bourdeilles. Certains incendiés cucheriats, se sentant protégés (par l’évêque ?), sont allés mendier chez des particuliers du diocèse de Reims, jusqu’à Isle-sur-Suippes par exemple, ce que l’intendant interdisait formellement. ↩︎
- Dans Châlons-en-Champagne et ses environs, Raymond Dominé. Editions Sutton. 2001 ↩︎
- Archives municipales de Cuchery consultées en 1976 ↩︎
- Archives municipales de Cuchery consultées en 1976. ↩︎
- Archives municipales de Cuchery consultées en 1976. ↩︎
- Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims, 28 mai 1846 ↩︎
- Sans véritable indépendance des électeurs puisqu’il a fallu attendre 1913 pour que soient institués enveloppes de vote et isoloir. ↩︎
- Archives municipales de Cuchery consultées en 1976. ↩︎
- Lettre parue dans le Recueil des adhésions au Prince-Président à l’occasion de l’Acte du 2 décembre. Théodore Athanase Sibeaux n’est pas en famille directe avec Jean-Baptiste Sibeaux. Son père a été emporté probablement par le choléra en 1849 et sa mère est morte indigente. On l’aperçoit malade et miséreux en 1858 dans le registre des irrécouvrables. ↩︎
- D’après Ange Remy, conseiller d’arrondissement et maire en retrait de Châtillon -sur-Marne, qui soutient Louis Roederer, aux côtés de M. Bellot, le maire de Cuisles (suspendu pour un mois de ses fonctions, en juillet 1878, à quatre jours des élections législatives). ↩︎
- Extraits tirés d’une lettre publiée dans Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims du 9 février 1881, M. Poussant y rappelle que s’il a été loyal vis à vis du gouvernement de l’Empire « c’était avant tout pour servir les intérêts de sa commune et de ses habitants », faisant allusion un peu plus loin à sa désapprobation du « traité de libre-échange sous l’Empire, fameuse loi qui ruine la propriété foncière et les intérêts du cultivateur ». En avril 1868, à la fête du comice agricole de Châtillon-sur-Marne, M.Poussant avait affirmé son attachement aux principes de 1789 dans un discours évoquant « les bienfaits de la Révolution, l’émancipation des propriétaires du sol et du travailleur rural, l’importance du progrès. Rendant hommage aux améliorations déjà réalisées par le gouvernement impérial et émettant le vœu que, de concert avec les comices, il continue à favoriser de tout son pouvoir l’essor de l’agriculture…». Des «
Vive l’Empereur !, Vive l’Impératrice ! Vive le Prince impérial ! » concluaient son discours. (Selon Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims, 22 septembre 1868).
↩︎ - Archives municipales de Cuchery consultées en 1976. ↩︎
- Les quêtes en faveur des blessés des guerres coloniales sont revenues plusieurs fois sous la IIIe République. En 1885, on en a trace également à La Neuville-aux-Larris, à destination des blessés au Tonkin. ↩︎
- Aux Assises de Reims, M. Ramillon a été acquitté en février 1912, et en mai, le vrai coupable, Désiré Renard, a été arrêté. ↩︎
- Ce qu’Edmond Buat juge absurde, car le village est au pied d’un véritable mur donnant accès au plateau de Champlat. Ce commandant ayant reçu l’ordre de s’arrêter à Cuchery, a laissé fuir un convoi ennemi d’hommes, de chevaux et de voitures battant en retraite qui rejoignait le plateau de Champlat. Ce qui ne donne pas à Edmond Buat une bien haute idée de l’esprit d’initiative de ce chef de corps. ↩︎
- Les Crozes : localité de l’Hérault, non loin de son village natal, Montagnac. ↩︎
- Fleury ? d’après un courrier de Marthe Brugneau du 5 juillet 1918. ↩︎
- La Renaissante a été reconnue le 22 février 1927 (Journal officiel de la République française du 10 mars 1927) ; elle succède à la fanfare, créée en 1922. ↩︎
- Voir : Les maîtres d’école à Cuchery depuis le XVIIIe siècle ↩︎
- En février 1940, s’installent, par exemple, à Cuchery des éléments du 12e régiment d’artillerie divisionnaire, 8e batterie et 3e colonne de ravitaillement, relevant de la 43e division d’infanterie. (source : amicale du 12e ra.historique-complet-la-seconde-guerre-mondiale). ↩︎
- Les colis des familles destinés aux prisonniers étaient centralisés à Châtillon-sur-Marne avant leur expédition. ↩︎
- En mai 1945, la Jeunesse de Cuchery versera 10 000 francs à la souscription au Comité du souvenir du Maquis de Chantereine, quelques privés feront de même. ↩︎
- Voir : La Grande Rue à Cuchery depuis le XVIIIe siècle ↩︎
- Paul Quénot a réussi à échapper à l’arrestation. En représailles, sa fille aînée avait été emmenée en otage, puis libérée peu de temps après. ↩︎
- Il serait intéressant de connaître le nombre de femmes inscrites sur la liste électorale et sur celle des candidats ainsi que le taux de participation féminine à ce scrutin.
↩︎ - La liste s’arrête à la limite des 30 années de recul nécessaires pour éviter l’histoire immédiate, qui n’est pas envisagée dans cet article. ↩︎
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SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
Archives nationales, Documents concernant l’abbé Miroy, curé de Cuchery (Marne), Cote : AB/XIX/3199.
Henri Vidal, Le drame de Cuchery, deuxième édition, Reims, Matot-Braine, 1873.
Archives nationales, BB/21/1-BB/21/634.
Archives nationales, Guerre 1914-1918. Commission instituée en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens (1915-1919), AJ/4/19.
Archives départementales de la Marne, Administrations et juridictions financières et fiscales de la subdélégation d’Epernay 1505-1760. Cote : C 1955 et C 2076.
Archives départementales de la Marne, Délibérations municipales de l’An VIII à 1924. Série E DEPOT.
Archives départementales de la Marne, Révolution. Anciens impôts et impôts transitoires. Cote : I L 741 et I L 745; Levée des volontaires. Cote :1 L 894; Troubles, brigandages. Cote : 1 L 330; Comités de surveillance et sociétés populaires. Cotes : 8 L 10 et 8 L 2. Minutes du juge de paix de Châtillon-sur-Marne, Simon Pierre Moreau. 1791, Cote : L 367.
Archives départementales de la Marne, Lettre du 2 août 1855 au Juge de Paix. Cote : 121 M 105.
Archives départementales de la Marne, Guerres et invasions 1800-1940. Cote : 203 M 113.
Archives départementales de la Marne, Recensement de la main-d’œuvre 1943. Cote 204 M 507 ; Lettre du Commissariat général au service du travail obligatoire, 1er mai 1943. Cote 204 M 2260.
Archives départementales de la Marne, Préparation militaire et recrutement de l’armée 1800-1940. Cotes : 1 R 284,1 R 286 , I R 311, 1 R 326.
Archives départementales de la Marne, Dépôts depuis 1940. Cote : 133 W 350.
Archives départementales de la Marne. Sous-Préfecture. Reims. Cote : 3 Z 12, 3 Z 146, 3 Z 473.
Archives municipales de Cuchery. Registres des délibérations du conseil municipal de Cuchery de 1800 à 1910 (consultés en 1976).
Archives privées des familles Quénot et Brugneau.
Témoignages oraux de Cucheriats recueillis entre 1975 et 2000.
Recueil des adhésions adressées au Prince-Président à l’occasion de l’Acte du 2 décembre. Tome IV, Imprimerie centrale de Napoléon Chaix, Paris, 1852
Registres de matricules de l’armée napoléonienne (garde impériale et de l’infanterie de ligne) pour la période 1802-1815.
Site Internet : Mémoires des hommes.
Mémoires de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département de la Marne. TomeXI, 1907-1908, Imprimerie-Librairie de l’Union républicaine, Châlons-sur-Marne,1909.
Almanach de la guerre Reims et la Marne Edition 1916, publié par Jules Matot.
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Carnet de guerre de Marie Jean Joseph Bec, site archives-pierresvives.herault.fr/
Historique des 150ème et 350ème RI, Anonyme, Frémont, sans date.
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Le Courrier de la Champagne. Journal de Reims, 28 mai 1846, 21 août 1868, 21 mars 1878, 5 juillet, 25 et 26 décembre 1878, 7 février 1855, 9 février 1881. 24 février 1896.
La Champagne, organe régional du Parti communiste français : 24 novembre 1944, 5 mai 1945, 16 mai 1945, semaine du 18 au 25 octobre 1947, 8 octobre 1950.
Le Président de la République, Vialat et Cie Libraires- Editeurs, Paris. 1849.
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