Histoire de la mairie-école de Cuchery

Voir : Les maires de Cuchery et leur administration au fil des siècles/

et Les maîtres d’école à Cuchery depuis le XVIIIe siècle/

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1700, 1716 L’assemblée du village de Cuchery ne dispose pas de maison commune où tenir ses réunions. En revanche, la communauté possède une maison d’école, léguée par le curé François Jobart décédé en 1716, fondateur du bureau de bienfaisance. Attenante au presbytère, qui occupait alors l’emplacement de la mairie actuelle, elle sert de logement au maître, avec cave, cellier et cour devant. François Jobart avait acheté cette propriété au trio Thomas Landa, Jean et Nicolas Turby. La situation centrale du bloc presbytère-école faisait en sorte que le curé et le maître d’école soient aisément sous surveillance des villageois et vice versa.

1776 Le bâtiment principal de l’école couvre environ 3,3 sur 7,2 toises (à peu près 92 mètres carrés) alors que le presbytère s’étend sur environ 266 mètres carrés. Dans la même seigneurie, le presbytère de Belval couvre sensiblement la même superficie. Cependant, l’école n’y est pas de plain-pied puisqu’elle occupe, en même temps que le bureau de bienfaisance, le grenier situé au dessus de la nef de l’église.

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Le plan du presbytère-école en 1776 ( 1 : presbytère , 2 : maison d’école et son cellier)1

Avant 1777, le presbytère ne possède pas de jardin attenant. Quand il est vendu en 1796, c’est avec ses dépendances et jardin, sans qu’il soit précisé si ce dernier jouxtait la maison.

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1776 1er juillet Maison d’école et presbytère se trouvent dévorés par l’incendie qui ravage le village. Jacques Chevry, le maître d’école, a perdu une partie de ses meubles. Le curé, Simon Truteaux, perd tous ses siens ainsi que ses habits, sa bibliothèque, le contenu de sa grange et les animaux de sa basse-cour.

1777 La reconstruction des bâtiments commence, annoncée prioritaire par les Cucheriats au même titre que celle de l’église et des fontaines.

1789 2 novembre Le presbytère, les terres de la cure et de la fabrique sont déclarés biens nationaux. Les résultats des élections, les décisions du conseil général de la commune et les textes de loi émanant du pouvoir central sont encore pour le moment communiqués à l’issue de la messe dominicale devant, ou dans, l’église.

1792-1794 A partir du 21 septembre 1792, désormais le pouvoir civil l’emporte sur le pouvoir de l’Eglise. Ainsi les naissances, décès et mariages civils sont inscrits dans les registres d’état civil conservés à la maison commune et précédant les baptêmes, sépultures et mariages catholiques. Avant qu’il ne soit vendu, le presbytère a peut-être servi de maison commune. A moins que cette dernière n’ait investi l’école ou, au moins dans un premier temps, l’église. Le 6 novembre 1792, Pierre Brugneau, officier municipal, procède au premier mariage civil de la commune.

1796 8 août Jean Clouet le jeune, de Baslieux-sous-Châtillon et gendre de Gérard Vivien, achète le presbytère et ses dépendances.

1800-1832 A l’aube du XIXe siècle, la commune n’a toujours pas de mairie. Les séances du conseil municipal peuvent aussi bien se dérouler chez Louis Sibeaux, dont la maison jouxte le presbytère sans curé, qu’au domicile du maire ou bien encore dans l’église. A partir du 8 avril 1802, jour de promulgation du Concordat, la commune a dû procurer un logement au desservant, logement qu’elle n’a pas trouvé tout de suite, se contentant au début de louer une partie de l’ancien presbytère à Jean Clouet. En 1805, elle loue l’autre partie pour y faire l’école.

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La pierre de Basil Landat © C Chevry

Cette pierre est restée scellée dans le mur de la cour de l’école, côté Grande Rue, des années 1920 jusqu’en 2002. Elle présente trois fleurs de lys, cernées de branches de laurier et une inscription : « fait par moi, Basil Landat ». Ce personnage est né à Cuchery le I2 janvier I768, fils d’Estienne Landat et Marie Thérèse Bourbonnois, vignerons à Cuchery. Estienne avait perdu sa maison et ses meubles dans l’incendie de juillet I776. Basil épouse Marie Anne Plançon le 10 juin 1794. En 1795, il exerce le métier de menuisier et en 1817 on l’aperçoit charpentier-marchand de bois, sollicité pour la réparation d’un pont de Cuchery. En 1825, on le découvre propriétaire de l’ancien presbytère que le maire de Cuchery désire louer pour y loger un desservant tant attendu. Devenu veuf, il se remarie à Marie Liesse Charpentier. Basil a dû quitter le village après 1818 pour s’installer cercelier à Epernay où il décède en 1849. L’année suivante, son frère, Etienne Landat le jeune, vend à la commune un local qui a servi de remise à pompe à incendie, situé sensiblement au même endroit que la cour de l’école actuelle.

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1832 Pour la somme de 2403 francs, la commune achète à la veuve Bablet une petite maison qui doit faire usage d’école, de logement à l’instituteur et de maison commune. La veuve Bablet, née Bastienne Jumelle, a vécu avec Gilles Bablet, marchand épicier, dans cette demeure où il est décédé en 1830. Le cadastre de 1832 nous la dessine.

1833 28 juin La loi Guizot oblige chaque commune de plus de 500 habitants à entretenir financièrement une école de garçons.

1841-1847 Il existe à Cuchery un comité local, formé des quelques notables locaux, consulté par le conseil municipal, qui réfléchit à la nomination d’un sous-maître en hiver à Orcourt et à l’acquisition d’une nouvelle école. Celle-ci trop petite, ne présente pas un état bien reluisant, servant, en outre, de débarras. En 1847, l’inspecteur en visite note qu’il a trouvé « une école ouverte encombrée de fusils de la garde nationale, tonneaux, tinette et autres ustensiles ; les élèves étaient presque tous absents ». Pour autant, Cuchery ne fait pas partie des communes les plus défavorisées en la matière, puisque certaines en 1846, à La Neuville-aux-Larris notamment, ne disposent même pas de local pour accueillir les écoliers.

1849 7 avril L’inspection académique juge l’école insuffisante et insalubre. Elle se trouve menacée de fermeture.

1851 Après les menaces de l’administration, l’école déménage pendant douze ans dans une nouvelle maison donnant sur la place, louée à la commune par Louis Joseph Dumont qui l’avait achetée exprès pour cet usage.

1853 janvier Le conseil municipal propose d’ouvrir une école de filles, comme le demande le conseil académique. Il considère qu’il faut « doter la commune de toutes les institutions […] qui puissent la faire sortir de son obscurité ». Cela va représenter un gros effort pour les contribuables cucheriats déjà engagés dans le financement de chemins de toutes sortes sur leur territoire.


1863-1869
Une nouvelle maison communale voit le jour sur un site comprenant l’ancienne école (qui est démolie) et une bâtisse attenante qui a été vendue par le maire à la commune, bâtisse correspondant à une partie de l’ancien presbytère acquise auprès de la famille Basil Landat. Nous devons le plan de transformation de cette bâtisse à l’architecte rémois Cortras aîné qui a prévu au rez-de-chaussée deux salles de classe, une salle d’asile, une remise à pompe, une partie du logement de l’instituteur et, à l’étage, des chambres pour celui-ci, qui côtoient une salle de mairie et un cabinet des archives. Le tout donnant sur deux cours, l’une pour les garçons et l’autre pour les filles afin de mieux les surveiller. Les travaux de maçonnerie sont confiés à un entrepreneur de Châtillon-sur-Marne, Prosper Verrier. La réalisation de ce chantier a coûté 28 000 francs à la commune.

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Mairie-école avant 1914. CPA

La circulation devant la mairie-école avant 1914. CPA

Vers 1900 La mairie-école est accolée à la maison qui a hébergé les écoliers entre 1851 et 1863, présentant un toit à quatre pans sans auvent. Au rez-de-chaussée, ses deux salles de classe avaient été prévues en 1862 pour 47 élèves chacune. Les murs qui entourent ses deux cours sont destinés à isoler les élèves des bruits mais assez loin pour rendre l’école accessible à la lumière. Des critères auxquels on était déjà sensible quand les plans ont été dressés, au même titre qu’à la présence d’un jardin afin d’initier les élèves à l’horticulture (non distincte de la viticulture à l’époque). L’architecte en avait d’ailleurs prévu un.

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1912 Le conseil municipal décide de remplacer les grande tables de la première classe par 14 tables-bancs à deux places et de parqueter les salles de classe, mesures considérées plus hygiéniques.

1914-1918 Avant l’entrée en guerre, sont réalisés les derniers travaux d’aménagement de l’école avec la construction d’un préau couvert dans la cour des garçons qui avait été agrandie depuis 1880.

La mairie-école en ruine en 1919 ©Collection particulière

En août 1918, les bâtiments de la mairie-école sont en ruine, elle a perdu tout son mobilier, son matériel et ses manuels scolaires, les 235 livres de sa bibliothèque. Ne sont pas épargnés non plus le poste téléphonique et le poste de police attenant. La remise à pompe à incendie n’a été pour sa part que partiellement détruite.

1918-1922 La municipalité loue d’abord, en octobre 1918, une bâtisse appartenant à Pierre Lefèvre, probablement une partie de la maison au n°3, rue du Pressoir, devant servir de maison commune en attendant la reconstruction de la mairie-école. Puis, en juillet 1919, le premier édile loue le terrain de M. Eugène Gé, situé à la sortie ouest du village, afin d’y installer une baraque école-mairie provisoire qu’il a fallu couvrir de carton goudronné en 1921, car elle prenait l’eau et les élèves s’y gelaient l’hiver.

Pupitre d’écolier cucheriat © C Chevry

1922-1932 Après le déblaiement des décombres de la mairie-école, le 1er août 1922 sa reconstruction est lancée sur de nouvelles fondations. L’instituteur, secrétaire de mairie, aurait manœuvré afin que le conseil municipal adopte son plan plutôt que celui qui convenait au maire. La mairie de forme carrée, incluant le logement de l’instituteur, est accolée à l’école de forme rectangulaire partagée en deux classes. Le service scolaire et le service administratif sont désormais séparés. Les murs revêtus de crépi tyrolien en ciment, reposant sur des fondations en meulières apparentes, sont percés symétriquement de grandes fenêtres au rez-de-chaussée afin de laisser passer largement la lumière et l’air. L’emploi de la brique, destiné à l’encadrement des ouvertures, est maintenu.

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La mairie-école le jour de son inauguration. CPA

L’inauguration a lieu le 17 février 1924, sous la présidence de M. Mennecier sous-préfet , accompagné de de M. Gaston Poittevin député de la Marne et conseiller général du canton de Châtillon-sur-Marne, M. Dehours conseiller d’arrondissement, M. Lagache conseiller général du canton de Dormans, M. Lebert, maire de Cuchery accompagné de son conseil municipal, M. et Mme Férat instituteur et institutrice, Lucien Beaumet architecte, MM. Ettore et Mario Perrone Righetti entrepreneurs, Alexis Louis bienfaiteur de la commune, de nombreux maires des environs et quelques instituteurs voisins.

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Au conseil général de la Marne, on mentionne en 1931 l’installation de lavabos et douches pour les enfants et la population, avec l’aide de la société « L’hygiène par l’Exemple ». En réalité, l’adduction d’eau n’a pas encore été réalisée à cette date. Un rapport de l’Inspection primaire de 1932 notera qu’il ne faut pas abandonner la question des douches. Au sous-sol, côté Grande Rue, ont été logés la remise à pompe et à corbillard ainsi qu’un petit poste de police.

1931 Le budget initial qui avait été prévu pour la reconstruction de la mairie-école a été dépassé de 113 000 francs.

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La mairie-école dans l’entre-deux guerres. CPA

Comparée aux modestes maisons du village, la bâtisse offre une allure monumentale qui à elle seule devait indiquer qu’il s’agissait bien de la mairie et de l’école. Nul besoin de l’inscrire sur la pierre du fronton. Pas de symbole républicain non plus, il suffit que le drapeau tricolore flotte sur la façade. Est-ce une volonté des élus ou bien ont-ils donné carte blanche aux architectes Menet et Beaumet ? La couverture de la mairie à quatre pans et celle de l’école sont les seules en ardoise dans la commune à cette époque. Deux horloges donnent l’heure, une sur la façade orientale, avec cloche et l’autre sur la façade occidentale.

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Les pompiers de Cuchery dans les années 1920

Sur les marches de la nouvelle école, les pompiers ont posé en uniforme, épinglé pour certains de leur(s) médaille(s). Le personnage en haut de la pyramide, sans uniforme, est-il le maire ou bien l’instituteur ? Les pompiers représentent l’armée au service du peuple. Comme le buraliste ou le garde champêtre, ils étaient dispensés de périodes d’exercices dans l’armée (sous certaines conditions).

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1932-1935 Selon l’Inspection primaire, au 15 janvier 1932, l’école de Cuchery est la mieux installée de la région, dotée de collections importantes, d’un appareil à projections fixes, cinéma2… La bibliothèque scolaire a été reconstituée, prêtant 270 livres en 1935.

1940- 1954 Les horloges de la mairie sont réglées sur l’heure allemande à partir de juillet 1940. Après la Seconde Guerre mondiale, le travail des Cucheriats reste calé sur l’heure solaire vraie, d’où la décision, en 1954, de modifier les heures d’ouverture du bureau de poste. A ce moment-là, il existe encore un sonneur de cloches pour la rentrée et la sortie des écoles. En 1952, l’instituteur est chargé de la minuterie électrique réglant l’éclairage public et la sonnerie des heures.

1958 Dans la salle noire du sous-sol de la mairie-école, le gros poste de télévision, le seul dans le village, attire les jeunes amateurs de football lors de la coupe du monde qui est retransmise en juin.

Années 1960 Le préau de la mairie-école cesse d’accueillir le repas de Sainte-Barbe des pompiers cependant que, dans la salle noire, des films de fiction ou de petits spectacles de Noël sont proposés par l’instituteur, qui succède au postier, M. Menué, et par l’abbé Hardy, le prêtre desservant la paroisse3. Tout cela prendra fin avec la construction de la salle des fêtes et le début d’une époque où vont être :.

« Allumés les postes de télévision

Verrouillées les portes des conversations » 4.

En 1963, le chauffage central est installé.

1972-1974 Regroupement des écoles de Cuchery, Belval-sous-Châtillon, La Neuville-aux-Larris5et Baslieux-sous-Châtillon, au départ sur deux sites, celui de Cuchery et celui de La Neuville-aux-Larris.

Les élèves du regroupement scolaire au XXe siècle © Coll. particulière

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L’arbre de la liberté ©C Chevry
Au pied de l’église. Au fond : la mairie-école.

1989 La classe maternelle qui est créée devra s’installer dans des locaux attenants à la salle des fêtes. En cette année du bicentenaire de la Révolution, le 14 avril, les écoliers plantent un arbre de la liberté près de l’église.

Toiture de la mairie en 2007 © C Chevry

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.2002 Les extérieurs de la mairie-école sont rafraîchis.

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NOTES

  1. Dessin d’après un plan aux Archives départementales de la Marne.
    Secours aux communautés et aux particuliers et incendiés (1719-1787) Cote :
    C 1955. ↩︎
  2. Cet équipement a-t-il été à usage scolaire ? Quand il s’agissait de projection entrant dans la pédagogie, l’instituteur était censé puiser ses petits films dans une cinémathèque autorisée par sa hiérarchie. ↩︎
  3. Avant 1960, la commune plus laïcarde, préférait que le curé qui organisait des projections de film ou des spectacles de Noêl avec distribution de friandises aux enfants, trouve une autre salle, tel l’étage du hangar d’Adrien Régnier dans la Grande Rue ou bien la buvette du boulanger. ↩︎
  4. Début de la chanson Carte Postale par Françis Cabrel. 1981. ↩︎
  5. Fusionnée précédemment avec celle de Champlat-et-Boujacourt. ↩︎

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SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

Archives départementales de la Marne. Secours aux communautés et aux particuliers et incendiés (1719-1787) Cote : C 1955.

Archives départementales de la Marne. Plan du presbytère de Belval 1744. Cote C 1807/1

Archives départementales de la Marne. Délibérations municipales. Cote : E DEPOT 13246.

Archives départementales de la Marne. Cadastre de 1832. Cote : 3 P908/7.

Archives départementales de la Marne. Cote : 10 R 2906

Archives départementales de la Marne. Enseignement. 1798-1970. Cote 1 T 1155, Testament de François Jobart. Cote : 1 T 153,

Etat des pertes subies pendant la guerre 1914-1918. Cote 1 T 827, Enseignement primaire T 34.

L’Industriel de la Champagne 7 janvier 1853.

Conseil général de la Marne, Rapport de M.Ch. Magny préfet du département et Délibérations du conseil. Impr de l’Union républicaine, Châlons-sur-Marne, 1931.

Lucien Lété, La vente des biens nationaux, dans Champagne généalogie n°90 de 2001.

Gilles Rouet, L’invention de l’école : l’école primaire sous la Monarchie de Juillet, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993.


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