Le cimetière de Belval-sous-Châtillon

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De nos jours, le cimetière de Belval-sous-Châtillon borde les élévations sud et ouest de l’église. Avant la Révolution, le préau, signalé dans les archives du prieuré de Belval, a probablement été adossé au mur méridional de la nef, occupant une partie du cimetière actuel.
< Tombe belvatière avant 19181
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Ce petit cimetière compte quelques tombes en déshérence, dont la gestion est délicate pour la commune qui a dû placer les tombes récentes et un columbarium au delà de son mur oriental.


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< Vestige du corbillard relégué dans un coin du cimetière © C Chevry
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Le carré militaire du cimetière de Belval-sous-Châtillon


Avec ses croix ou stèles bien en ligne comme un régiment et sans plantation de fleurs. Seulement un ou deux drapeaux dressés parfois le 11 novembre.
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Le carré militaire de Belval-sous-Châtillon, entretenu aux frais de l’Etat, compte vingt tombes de combattants morts pour la France représentatifs du grand brassage de population observé dans l’armée entre 1914 et 1918. Deux, appartenant à la cavalerie, sont originaires du Loiret dont un issu d’une famille de la noblesse : Paul Raguenet de Saint-Albin. Les 18 autres, fantassins, pour la plupart originaires des quatre coins de la France, sont tombés essentiellement en juin 1918, à Belval ou à proximité. Six d’entre eux appartenaient à des bataillons de tirailleurs sénégalais, parmi lesquels quatre venaient d’Afrique noire française. La mort de ces combattants est due soit à des tirs de harcèlement de l’artillerie allemande, soit à un accident ou encore à une maladie. Le carré militaire de Belval est en réalité une rangée respectant la scénographie égalitaire imposée dans les nécropoles nationales. Le nom des soldats inhumés est inscrit sur chaque croix ou stèle (pour ceux qui ne sont pas chrétiens). Aucune famille du village ne les a connus, mais ce carré militaire est bien mieux entretenu que certaines pierres tombales à proximité qui ont l’air d’être oubliées depuis longtemps.
Les nombreux militaires morts dans le vallon à partir de l’ultime offensive allemande commencée le 15 juillet 1918 reposent majoritairement dans des grandes nécropoles, dont celle située à Binson2. Durant cette offensive, le 161e régiment d’infanterie a installé son PC dans la mairie de Belval où règne une atmosphère étouffante. La cave y sert de geôle pour les prisonniers allemands. Apprenant qu’un tank allemand patrouille à La Neuville-aux-Larris, le PC part s’établir dans les bois de la Poterne3. Le 20 juillet 1918, le 44e bataillon de tirailleurs sénégalais, qui été « si éprouvé par l’ypérite qu’on dirait un bataillon d’aveugles », a perdu environ 500 hommes à Belval. L’objectif était alors de reprendre Grand Pré, La Fortelle et les bois de la Haute Charmoise4. Le 26 juillet, les 5° et 6e bataillons du 329e régiment d’infanterie, « ainsi que le 53e bataillon de tirailleurs sénégalais, se lancent à l’assaut du village de Belval, la résistance de l’ennemi est définitivement brisée; 80 prisonniers et 30 mitrailleuses sont capturés. Le 27, les Allemands reculent. Belval est occupé ainsi que Cuchery; la Charmoise et la Neuville-aux-Larris sont dépassés, l’ennemi abandonne un matériel considérable (5 canons sont pris à Cuchery et au Bois de Courmont) »5.
La présence dans le vallon de tirailleurs noirs africains a longtemps laissé des traces dans la mémoire de la population, qui était pourtant évacuée au moment des combats. Elle a retenu qu’il s’agissait de costauds noirs comme du cirage, partant à l’assaut munis de coupe-coupe6. Une rumeur circulant en 1918 a longtemps été reprise, selon laquelle ces tirailleurs avaient hurlé contre « les Boches » à qui ils avaient coupé les oreilles.
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Les militaires inhumés dans le carré militaire du cimetière Belval-sous-Châtillon
Dans l’ordre de leur disposition dans la rangée.
- FERRIER Paul ;
- CRETIN Théophile César
- BASSIN André Georges
- RAGUENET DE SAINT-ALBIN Alexandre Ernest Marie Paul ;
- BORDAIS Joseph François Camille ;
- DUPIN Jean Marie Bernard Lucien ;
- MOLO Fomba ;
- MARCHAND Georges Henri ;
- SAMBA Lavel ;
- COGEZ Louis Alexandre ;
- GOTEBA Ouagadougou ;
- PINEL Anatole ;
- CLAMENS Alfred Louis ;
- DELABY Léon Georges ;
- GRIFFOUL Basile ;
- WADEBLED Marie Léon ;
- CURRAL Jean Émile ;
- SAMBA Taraoré ;
- LEBOUCHER Robert Marcel ;
- GOUÉDO Jean Marie François.

Sur certaines tombes, un article funéraire a été déposé, tel celui au pied de la tombe de Paul Raguenet de Saint -Albin. A l’instar de nombreux militaires issus de la noblesse, il a servi dans la cavalerie. Tué le 1er juin 1918 , ayant accompli une périlleuse mission de reconnaissance qu’ il avait lui même sollicitée7. Décoré à titre posthume de la Croix de Guerre 2 étoiles.
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Le cimetière de La Neuville-aux-Larris
Le cimetière primitif de La Neuville a longtemps entouré l’église jusqu’à ce qu’il soit translaté, à partir de 1927, sur un terrain qui figurait déjà sur le plan cadastral de 1832 et que l’on appelait « Le choléra » au XIXe siècle. De fait, à cette époque, ce terrain a servi de second cimetière, recevant par exemple les 32 morts recensés à La Neuville en 1854, qui est justement une année de choléra pour le village. Le sol du cimetière actuel, vite gorgé d’eau, est loin d’être idéal et, à la différence de l’ancien, aucun arbre n’y est planté. Les corps d’une partie des combattants neuvillats morts durant les guerres du XXe siècle, mais aussi de combattants venus mourir à la Neuville en 1918, reposent principalement le long de l’allée face au portail d’entrée.

< Tombe monumentale dédiée à Marcel Nicolas Bonnenfant, tué le 1! janvier 1917 à Auberive à l’âge de 21 ans.©C Chevry
Fils du maire, ce fantassin était titulaire de la Croix de Guerre et de deux citations; Son corps a été ramené du cimetière militaire de Jonchery-sur-Suippes et ré-inhumé le 8 décembre 1920, en présence de toute la population du village, y compris des enfants de l’école qui entouraient le cercueil recouvert de draperies aux couleurs nationales8.


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< Caveau ossuaire communal ©C Chevry
Là , reposent des combattants de 1918 morts à La Neuville, non identifiés (des tirailleurs sénégalais, selon certains témoignages locaux).

Mort de maladie à Hanoi en 1948, âgé de 28 ans.

Mort en captivité en 1942, à l’âge de 22 ans.
1 et 2 : photographies sur des tombes de soldats morts durant les guerres du XXe siècle

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NOTES ET SOURCES
- Dessin d’après un document visible aux Archives départementales de la Marne. Dommages de guerre. 10 R 2902 ↩︎
- Voir : Les militaires morts dans le vallon de Cuchery durant les guerres mondiales. ↩︎
- Le Journal. 20 juillet 1930. ↩︎
- Historique du 82e régiment d’infanterie. Campagne 1914-1918. Librairie Chapelot, Paris ↩︎
- Historique succinct du 329e régiment d’infanterie pendant la guerre 1914-1918 ↩︎
- Témoignages oraux d’habitants du vallon de Cuchery/Belval/ La Neuville-aux-Larris recueillis dans les années 1970-1980. ↩︎
- Historique du 20e régiment de Chasseurs.Campagne 1914-1918, Luxeuil- Imp A.F Faivre d’Arcier. ↩︎
- Selon L’Eclaireur de l’Est, 13 décembre 1920. ↩︎
- Emplacement à l’écart de l’allée centrale, qui serait dédié au soldat Raphaël Chabroulet, mort le 9 août 1917 et inhumé au cimetière de Châlons-en-Champagne. ↩︎
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