Le destin tragique de l’Abbé Miroy

Le portrait de l’abbé Miroy.©C Chevry

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< Ce portrait est tiré du livre d’Henri Vidal, Le drame de Cuchery, deuxième édition, Reims, Matot-Braine, 1873.

Henri Vidal était employé des Chemins de fer de l’Est. A l’instar de nombreux « historiens » de cette époque, il a témoigné à sa manière de la violence de guerre allemande exercée lors du conflit de 1870-1871.

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L’abbé Miroy a laissé trace dans l’histoire parce que son exécution a été relatée dans de nombreux journaux, puis a inspiré d’autres ouvrages, une pièce de théâtre, des productions iconographiques, parfois surprenantes1, et, plus que tout, parce qu’un talentueux sculpteur rémois, René de Saint-Marceaux, a réalisé un magnifique gisant honorant sa mémoire.

le gisant de l’abbe miroy

Le gisant sculpté par René de Saint-Marceaux, pseudonyme de Charles-René de Paul de Saint-Marceaux, recouvre la tombe de l’abbé Miroy dans le cimetière du Nord à Reims, du moins sa copie en résine depuis 2018, puisque l’original repose dans les réserves du musée des beaux-arts de Reims. L’artiste a terminé la sculpture en 1872, puis elle a été coulée en bronze dans une fonderie d’art renommée, la maison Thiébaut et fils à Paris.

La tombe de l’abbé Miroy au cimetière du Nord à Reims vers 1900. CPA

Sur un terrain concédé par la ville de Reims, entouré de couronnes d’hommage, le gisant repose sur un piédestal au pied duquel figure l’inscription « Souscription publique ».

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Gros plan du gisant en bronze de l’abbé Miroy ©C Chevry

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En 1872, ce gisant n’a pas été exposé au Salon pour des raisons politiques, les Allemands étaient toujours là. L’auteur a été félicité en secret2. A l’Exposition universelle de 1889, l’œuvre s’est fait connaître à des milliers de visiteurs3.

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Main gauche du gisant, en résine, de l’abbé Miroy ©C Chevry

René de Saint-Marceaux a représenté l’abbé au moment où il vient de tomber sous les balles allemandes. L’artiste, âgé seulement de 25 ans, qui est déjà à la recherche du mouvement ou de l’émotion, comme il le sera au fil de ses œuvres, n’a pas voulu réaliser un gisant conventionnel couché sur le dos.

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« Sur la pierre tombale, l’abbé est couché tout de son long, inerte, la face contre le sol et tel que l’y étendirent les balles des fusilleurs.La vérité de ce cadavre est pathétique. Les bras contournés, la nuque tirée, la poitrine lourde marquent la rudesse du choc, lors de la chute; et la torsion des jambes indique le fléchissement subit de ce grand corps qu’on a tué. La soutane se plaque sur le cadavre comme un suaire; les plis sont les plus simples : ils marquent le mouvement des membres projetés par leur poids. La tête, aux longs cheveux désordonnés, n’est pas mystique ni défiante; mais innocente plutôt et presque enfantine, elle ne trahit ni peur ni colère. Ainsi, tous les détails de l’œuvre et sa composition rude sont expressifs. Le sculpteur a signifié l’acte brutal et inutile, odieux à cause de cela, le meurtre. Cette sculpture est franche; elle ne doit rien aux écoles; elle est indépendante de l’Italie. » André Beaunier, Visages d’hier et d’aujourd’hui.

Seconde réplique du gisant de l’abbé Miroy, à Cuchery.©C Chevry

Nous devons cette seconde réplique en résine, inaugurée le 8 février 2020, à Laurent Basset, de Sussey en Bourgogne. Le même artiste qui a réalisé la première réplique visible au cimetière du Nord à Reims. Le gisant repose solitaire au pied de l’église et de l’arbre de la liberté, alors qu’à Reims les tombes de grandes familles rémoises l’entourent. Ce monument convie le passant à se souvenir d’une guerre oubliée. Comme beaucoup d’autres, elle a été une souffrance non seulement sur les champs de bataille mais aussi parmi les civils.

L’abbe miroy, un prêtre ardennais

Charles Eugène Miroy appartient à une vieille famille ardennaise. Né le 24 novembre 1828 à Mouzon, au foyer de François Joseph Ovide Miroy et Marie Anne Paule Patureaux qui ont donné naissance à cinq autres enfants. Son père a été dans sa jeunesse teinturier à Reims, puis à Mouzon, où il s’est marié et a vécu aux côtés de son épouse jusqu’à sa mort, exerçant par la suite le métier de tisseur et, pour finir, celui de facteur de poste. Vers 1830, Mouzon se présente comme une petite ville de la vallée industrielle de la Meuse où l’on travaille le textile ou le fer et qui compte encore des vignerons. Sa sœur, Eulalie, que l’on appelait Mlle Lalie, tenait à Mouzon une petite boutique de fil, aiguilles, tabac à priser et autres menus objets.

Mouzon vers 1900, son abbatiale, ses maisons ouvrières. CPA

Porté par ce qu’il pensait être sa vocation, Charles Eugène Miroy est entré au petit séminaire, puis a fréquenté le grand séminaire de Reims et a été ordonné prêtre à 27 ans, le 2 juin 1855, muni d’une solide formation d’au moins 12 ans. Artiste, il avait réalisé le portrait de son supérieur au grand séminaire, l’abbé Aubry, que l’on retrouvait dans tous les presbytères du diocèse. Il y fit d’autres dessins, réussissant très bien les charges et la caricature. Après son ordination, l’abbé a entamé sa carrière dans les Ardennes, à Laval-Dieu pendant un an environ, paroisse de la vallée de la Meuse située à une soixantaine de kilomètres de Mouzon. Puis, il a été nommé, le 1er juillet 1856, dans la paroisse de Montmeillant, petit village des crêtes préardennaises d’environ 450 âmes, composé d’agriculteurs, bûcherons et artisans du textile. Dans l’église de Montmeillant, se trouvent encore une Vision de saint Hubert, grande toile inachevée peinte par l’abbé Miroy et deux sculptures en bois représentant saint Hubert et saint Nicaise4. Dans ce village, il avait mis en route, vainement, le projet d’élever une statue au général Jadart du Merbion originaire du lieu qui s’était illustré sous la Première République. En 1865, l’abbé de retour dans la vallée de la Meuse prend en charge la paroisse de Joigny-sur-Meuse pendant trois ans.

L’ABBE MIROY A CUCHERY

En 1868, voilà l’abbé Miroy transféré en pays de vignoble champenois, desservant de Cuchery et Belval-sous-Châtillon rassemblés dans une même paroisse d’environ 720 habitants. Il n’y a donc vécu que ses deux dernières années. C’est peu, mais cela ne présente rien d’exceptionnel, car tous les desservants qui se sont succédé dans cette paroisse au XIXe siècle ne s’y sont guère éternisés. Le desservant, le maître et la maîtresse d’école, Alexis et Julie Dumont, étaient priés de se souvenir qu’ils n’étaient pas des enfants du pays. Tout comme le percepteur, François Hyacinthe Haguenin, un autre ardennais, installé depuis 1869 rue des Londrets à quelques pas du presbytère. Pour la plupart, au début de leur carrière, ils espéraient une promotion ailleurs ou un rapprochement vers leur famille. En 1870, leur domicile respectif est bien à portée de vue de la mairie, tenue fermement par Jean-Baptiste Sibeaux. Ce personnage, dans la cinquantaine, veuf depuis plus de 20 ans, né dans le village comme presque tous les maires de Cuchery au XIXe siècle, a su œuvrer pour se faire élire en 1848 et pour garder son poste jusqu’en 1873. Tout ce petit monde se trouve soumis à l’empereur favorable à l’emprise de l’Eglise sur l’école. Le maire qui au début de son mandat, en 1849, s’était pourtant montré attaché à la laïcité, affiche avec une grande majorité des électeurs cucheriats une fidélité sans faille à Louis-Napoléon Bonaparte. Dans la salle de classe, trônent les bustes des membres de la famille impériale à côté de la Sainte Vierge et du crucifix. Le maître et la maîtresse racontent l’histoire sainte, plantés devant la carte de la Palestine.

L’abbé Miroy s’est donc installé dans le presbytère mis à sa disposition par la commune de Cuchery, situé rue de l’église. Cette modeste bâtisse, qui a été vendue puis rasée en 2000, disposait d’une cour devant et un jardin derrière, le tout entouré de murs. L’abbé y a vécu loin de sa famille, servi par Marie-Jeanne, sa domestique.

En cette fin du second Empire, l’Eglise catholique demeure une institution officielle de l’Etat qui rémunère les membres du clergé. Les habitants du vallon de Cuchery-Belval respectent encore les rites catholiques du berceau à la tombe, faisant baptiser ou ondoyer leurs nouveau-nés et passant par l’Eglise pour se marier ou enterrer leurs défunts. Bien qu’un relâchement passager des mœurs dans les années 1860 ait été observé, avec un taux de naissances illégitimes qui a doublé. La commune prend soin de l’église qui subit quelques remaniements. Cependant, à l’instar des habitants de nombreuses régions françaises, ceux de Cuchery et Belval observent une distance croissante envers la religion. La gent masculine en particulier, qui s’intéresse de plus en plus à la vie politique tant municipale que nationale, depuis qu’en 1848 le rétablissement du suffrage universel masculin a donné au peuple paysan un poids électoral considérable. Comme il n’y a pas de marché ou de foire à Cuchery et que la place publique ne nous abrite pas des intempéries, les hommes discutent donc politique à grand bruit dans les deux cabarets du village, particulièrement fréquentés le dimanche. Le premier est à la fois épicerie, charcuterie, auberge, rue de la Milochonnerie (3, rue du Pressoir) appartenant au maire qui y réside et l’exploite. Le second se situe au 4, Grande Rue, tenu par Victor Bardoux et son épouse Léocade. Dans ces cafés, encadrant la place publique et la mairie-école, les Cucheriats apprennent à se forger une opinion. Les commentaires y vont bon train quand s’installent un nouvel instituteur ou un nouveau desservant. L’abbé Miroy n’y a pas échappé. Les Cucheriats et les Belvatiers ne disent pas tous du bien de lui.

Afin d’essayer de cerner le regard que l’on a porté sur l’abbé Miroy de son vivant ou juste après sa disparition, il convient de rappeler quelles sources permettent d’en distinguer les facettes. Des témoins oculaires ont laissé des écrits de leurs propres mains, signant de leur nom ou bien « Un goupe de patriotes », « Un Varocien oculaire »… Leurs témoignages ont été diffusés dans la presse locale à plusieurs reprises au cours des trois décennies qui ont suivi la mort de l’abbé. L’un d’eux, Alexis Dumont, l’instituteur de Cuchery en 1871 et décédé en 1912, a laissé des notes personnelles qui ont été rassemblées en 1932 par son gendre, Paul Foureur, directeur d’école à Châlons-sur-Marne, dans un dossier intitulé L’abbé Miroy, Curé de Cuchery, La légende La vérité 1870-1871. Ce dossier, conservé aux Archives nationales, contient de nombreuses coupures de journaux de l’époque, recopiées ou collées. Paul Foureur a voulu réhabiliter la mémoire de son beau-père soupçonné avec d’autres d’avoir été impliqué dans la mort de l’abbé Miroy. Il ressort de tous ces documents que certains Cucheriats n’appréciaient guère l’abbé. Ils n’aimaient pas son franc-parler, ses chansons, sa mise négligée, ses gestes, son incapacité à remplir tous ses devoirs de curé, en particulier à assurer le catéchisme. Même sa vocation et sa foi en Dieu ont été mises en doute. D’autres ont dénoncé ses beuveries, sa paresse, ses dettes chez les commerçants locaux et le peu de respect qu’il témoignait envers sa vieille bonne. Par dessus tout, on lui a reproché de se mêler de ce qui ne le regardait pas, c’est à dire les affaires municipales et la médecine, le laudanum jouant « un grand rôle dans ses prescriptions ». Dans les rangs ecclésiastiques, il n’a pas été en odeur de sainteté, embarrassant ses supérieurs hiérarchiques qui lui ont reproché d’aimer le bon vin, de ne pas assez « composer son extérieur pour le mettre en harmonie avec l’habit ecclésiastique ». Dans le canton, il aurait été connu sous le nom « d’avocat d’embrouille ».

Afin de rester en contact avec le reste du diocèse l’abbé Miroy pouvait en principe se plonger dans la lecture du Bulletin du diocèse de Reims, paru pour la première fois en 1867, avec cependant une éclipse du 4 septembre 1870 au 15 avril 1871. L’abbé a-t-il cherché des contacts avec ses confrères ? Certaines de ses ouailles ont prétendu qu’il ne les a guère sollicités.

Les documents proposant une facette plus valorisante de l’abbé Miroy ont des origines à considérer avec encore plus de réserve, en particulier la brochure assez embrouillée de M. Henry Vidal, Le drame de Cuchery, parue peu de temps après la mort de l’abbé et qui a eu du succès au point d’être rééditée en 1873 avec autographe et portrait de l’abbé. Cet auteur ne cite guère ses sources. A-t-il enquêté personnellement à Cuchery et à Reims ? Auprès de quels témoins ? Il parle, à l’instar d’autres auteurs qui n’ont fait que lui emboîter le pas, de partisans de l’abbé Miroy admirant son patriotisme, sa nature ardente, loyale, généreuse, franche, ses idées larges et libérales. Il égrène le nom de paroissiens qui l’auraient reçu : le maréchal-ferrant, Joseph Misaël Dervin, battant le fer, 3, Grande Rue qui sera particulièrement affecté par la mort de l’abbé; Isidore Lamotte, vigneron, rue de la Milochonnerie; Jean-Baptiste Chatelain, vigneron à la Baconnerie (4, rue du Sorbier); ou bien encore Bernard Ferger, vigneron à Orcourt et commandant par intérim la compagnie des pompiers de Cuchery. Un certain Fleurentin figure à leurs côtés, ayant tout l’air de correspondre à Florentin Mimin, un jeune marié qui venait juste de voir naître son fils, Charles, et s’apprêtait à devenir meunier de La Clicotte.

Quelques anciens du village, dans les années 1970, ont rapporté que leurs grands-parents avaient connu un abbé Miroy assurant correctement, du moins à Cuchery, ses fonctions : dire la messe dominicale, donner les sacrements, et pratiquer la charité. Mais que vaut cette mémoire familiale ?

Un peu avant son arrestation, l’abbé était tombé malade, atteint de petite vérole transmise par des paroissiens qu’il avait soignés. L’abbé Ancart, desservant de La Neuville-aux-Larris, était venu l’assister. Afin d’aider les familles des jeunes gens de Cuchery partis aux armées, l’abbé Miroy avait même ouvert une souscription qu’il faisait circuler dans le village.

LA FIN DRAMATIQUE DE L’ABBE MIROY

Ce qui a fait basculer la vie de l’abbé est la défaite de Sedan le 1er septembre 1870 contre les Prussiens. Pas plus que le maître d’école, exempté comme lui, ou le maire, l’abbé n’avait fait son service militaire mais il est apparu aux yeux de la population comme « un patriote » décidé à résister. Il se serait montré indigné en public par la défaite de l’armée française et inquiété avec exubérance pour sa famille, quand il apprit que sa ville natale était occupée. Du reste, dans le diocèse de Reims, il n’est pas le seul prêtre à avoir partagé ce sentiment. Quand l’abbé Miroy a exprimé cette indignation, a-t-il été favorablement entendu au milieu de cette débâcle due à un régime politique que les Cucheriats avaient soutenu ? Nous ne connaissons pas l’accueil qu’ils ont réservé à la toute nouvelle Troisième République, et pas davantage leur attitude face à l’invasion de la vallée de la Marne. Ont-ils, comme dans d’autres villages marnais, tel Damery tout proche, essayé de fuir ou de se réfugier dans les bois ? La commune de Cuchery avait obtenu 75 fusils auprès de la citadelle de Laon avant l’invasion et elle comptait une compagnie de pompiers, dotée de 25 autres fusils, ne faisant évidemment pas le poids pour défendre la population.

L’autel de la Vierge Marie, église de Cuchery © C Chevry

Sous l’occupation prussienne, la municipalité et de nombreux Cucheriats ont eu peur que le comportement de l’abbé les mette en danger pour peu qu’il se laisse entraîner par les quelques agitateurs, souvent avinés, cherchant à nuire au maire et aux familles aisées du village. Dans un premier temps, l’abbé s’est abstenu de montrer de l’hostilité aux soldats prussiens dont certains, venus du camp de Bligny, ont même ripaillé avec lui dans le presbytère. Mais par la suite, on le retrouve impliqué dans le vol des fusils que la commune avait reçus. Ce qui va le rendre suspect de faire partie des francs-tireurs. Le maire, tenu de rester en place, devenu l’interlocuteur entre la population et les autorités allemandes toute puissantes, avait d’abord caché ces fusils dans le puits désaffecté de la mairie pour les plus usagés et dans un champ communal pour les autres, prenant soin de mettre les cartouches dans un abri à part sous le tas de charbon de Louis Antoine Ancien, le maréchal-ferrant. Puis, avisé que garder ces fusils constituait un acte de trahison envers les troupes allemandes5, il avait décidé de les restituer aux autorités d’occupation. Restitution impossible, vu que ces fusils ont été exhumés en cachette, la nuit, puis déposés par des amis de l’abbé Miroy et grâce à son concours, dans un des autels de l’église (celui dédié à la Vierge Marie de nos jours). L’abbé n’a pas voulu les rendre au maire, il en aurait même distribués à quelques « gogos écervelés » jusque sous l’armistice. Il s’est entêté dans sa démarche en incitant ses paroissiens, du moins ceux qui s’estimaient trop pauvres ou qui cherchaient à contrarier le maire, à ne pas verser leur part des contributions financières collectées par la municipalité pour le compte des occupants. Ces dites ouailles l’ont peut-être écouté, et pour certaines échafaudé des plans afin d’en découdre avec les envahisseurs, mais ce cela n’a probablement pas été plus loin que des paroles sans lendemain autour de verres de vin. A ce jour, il n’y a pas de preuves qu’une unité de francs-tireurs ait été organisée à Cuchery.

Les faits qui ont conduit l’abbé Miroy à son arrestation se produisent pendant l’armistice qui a suivi la courte guerre de 1870-1871, appliqué du 29 janvier jusqu’au traité préliminaire de paix du 26 février 1871. Le 6 février 1871, des coups de feu ont été entendus après la tombée de la nuit depuis Paradis et la Sabotterie, coups de feu n’ayant blessé personne mais qui ont réveillé un détachement de 120 prussiens, venu pour une réquisition dans le vallon et décidé à passer la nuit à Belval. Dans sa lettre du 8 février, l’abbé écrira que ces tirs provenaient des bords de la Marne, présentant les habitants de Belval et Cuchery comme « deux pays trop poltrons » pour tirer des coups de feu contre les Prussiens, prétendant qu’au moment de ces tirs, il était chez Jean-Baptiste Chatelain en train de discuter. Se croyant visés, les soldats prussiens ont alors menacé Belval de représailles si les coupables ne leur étaient pas immédiatement remis. H. Vidal mentionne des dénonciateurs de l’abbé Miroy. Ainsi, M. Isidore Astier, fermier à la Charmoise, aurait désigné l’abbé comme un homme « violent, emporté et dangereux » et « chef de tous les francs-tireurs, depuis Epernay jusqu’ici ». Accusation lourde de conséquences quand on sait la crainte qu’inspiraient les francs-tireurs parmi les soldats allemands. A Cuchery, les dénonciateurs signalés par H. Vidal sont le maire qui aurait des raisons de haïr l’abbé Miroy6, son adjoint et ses fonctionnaires. Bien après cette triste affaire, selon la presse locale, une enquête du parquet de Reims a disculpé le premier édile et son administration, établissant qu’il n’y a pas eu de dénonciation de leur part7. Faute d’archives du parquet, il est difficile d’appréhender tous les faits8. L’abbé Miroy que l’on était allé réveiller chez lui dans la nuit du 6 au 7 février s’est présenté tout de suite à Belval auprès du capitaine allemand Zimmermann. Ce dernier procédera dans la journée du 7 février à l’arrestation de l’abbé en venant enquêter à Cuchery et récupérer une partie des fusils. La population terrorisée par les menaces de l’occupant a été soulagée qu’un coupable soit fourni, le seul dont Zimmermann se soit finalement contenté. Le 8 février, l’abbé Miroy est emmené sans ménagement par les uhlans jusqu’à l’hôtel de ville de Reims, où il est enfermé au secret en attendant d’être trois jours plus tard traduit devant un conseil de guerre allemand. Un interprète a été nécessaire, M. Gustave Koch a été sollicité. Ce dernier, selon Jules Claretie dans La vie à Paris, 1909, avait été le professeur d’allemand de M. de Saint-Marceaux et lui aurait rapporté le dialogue suivant :

« -C’est vous qui avez caché les fusils sous l’autel ?

-C’est moi.

-Pourquoi les aviez-vous mis là ?

-Pour les distribuer aux paysans et pour nous servir pour vous chasser de chez nous si nous l’avions pu !

-Vous n’avez aucun repentir de votre acte criminel ?

-Criminel ? Dites naturel ! J’en suis fier et je recommencerais si j’étais libre ! »

Lors de ce scandaleux procès, l’abbé aurait déclaré que ces fusils ne pouvaient pas armer des francs-tireurs, vu qu’ils n’étaient pourvus ni de cartouches ni de capsules, ajoutant qu’ils n’avaient été distribués que pour la chasse. Le maire de Cuchery et un de ses amis, le maçon-vigneron Jean-Baptiste Plançon, ont été convoqués à l’hôtel de ville de Reims comme témoins, à charge selon H. Vidal, mais n’auraient finalement pas été entendus selon d’autres sources. Aucun témoin à décharge n’était présent. Reconnu coupable de trahison envers les troupes allemandes, l’abbé a été condamné à mort et exécuté, à l’aube glaciale du 12 février 1871, contre un des murs du cimetière du Nord. S’attendait-il à un procès si expéditif ? Dans sa lettre du 8 février, il écrit : « je m’expliquerai plus tard »9.

Mgr Landriot10

Durant son incarcération, l’archevêque de Reims, Mgr Landriot, avait bien envoyé trois fois son secrétaire, l’abbé Bussenot, pour visiter l’abbé, mais il n’avait pas obtenu l’autorisation de le voir. En même temps, quatre prêtres avaient été mandatés à Cuchery, pour enquêter, qui étaient revenus persuadés de l’innocence de l’abbé.

Des journalistes de l’époque affirment que le maire de Reims, Jean Simon Dauphinot, a tenté lui aussi de sortir l’abbé de sa situation périlleuse11, mais sans parvenir à se faire entendre auprès du général-gouverneur prussien, Adolf von Rosenberg-Gruszczynski. Ce dernier, selon Alphonse Rocha, auteur d’un livre sur le cimetière du Nord de Reims, était protestant et cela aurait desservi l’abbé. En réalité, l’habit n’a joué aucun rôle dans la condamnation à mort. L’abbé Miroy n’a été inquiété par l’ennemi qu’après les agissements de certains paroissiens.

Le lendemain de l’exécution, selon H. Vidal, on se serait réjoui de la nouvelle en dansant à Cuchery. Qui avait des raisons de se réjouir ? les responsables des coups de feu ? Certainement. Qu’ils aient été cucheriats, belvatiers ou autres, connus de près ou non par l’abbé, ils pouvaient tous le remercier de n’avoir livré aucun nom durant son procès. Les Cucheriats vont se retrouver brutalement sous les feux de la rampe, étant donné que la nouvelle de l’exécution de l’abbé Miroy a été propagée aux quatre coins de la France. En premier lieu, dans le tout récent journal local, Le Moniteur rémois, auquel chaque commune a dû s’abonner afin d’y prendre connaissance des ordres de l’occupant allemand et de sa propagande12 . Les Rémois, quant à eux, ont pu lire avec effroi l’information sur des affiches, en même temps que s’est mise à circuler dans leur ville la poésie intitulée « Au dénonciateur de l’abbé Miroy ».

L’officier allemand demandant pardon du crime par E Boilet, Matot- Braine, imprimeur, éditeur. Reims.

Le 12 février 1871, l’abbé Miroy sert la main de l’officier qui va commander le peloton d’exécution de la landwehr, officier qui était, selon certains témoins, bavarois et vraisemblablement catholique. Ce serrement de main nous interroge par ailleurs sur ce que les soldats allemands pensaient d’un tel acte de violence.

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L’abbé Miroy, fusillé par les Prussiens, victime de son patriotisme par E Boilet, Matot-Braine, imprimeur, éditeur. Reims.
Le peloton allemand auprès de la dépouille de l’abbé, dans une position que n’a pas retenue René de Saint-Marceaux pour composer son gisant. L’artiste aurait suivi les suggestions de ses amis Adolphe et Henri Henrot, deux médecins rémois, révoltés comme lui par l’exécution de l’abbé. Henri Henrot avait été fait prisonnier dans la citadelle de Magdebourg jusqu’en février 1871.

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Extrait du Moniteur rémois du 15 février 1871, de son vrai nom, Le Moniteur officiel du Gouvernement Général à Reims.

Après le décès de l’abbé Miroy, Cuchery s’est retrouvé pendant trois ans et demi sans desservant. L’abbé Ancart de La Neuville-aux-Larris, qui avait connu lui aussi des dissensions dans sa paroisse, mais avait réussi à s’y faire estimer, a pris en charge les âmes de Cuchery et Belval.

Le mobilier de l’abbé Miroy a été mis en vente afin de rembourser ses créanciers. Zélie Carquille, veuve de François Nossoy, meunier à la Charmoise, a ainsi pu acheter son bréviaire actuellement conservé à la bibliothèque Carnégie de Reims.

Le bréviaire de l’abbé Miroy ©C Chevry

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la memoire de l’abbe miroy

Le souvenir de l’abbé Miroy a pris sa place au sein des familles cucheriates et des alentours durant quelques décennies, et a été entretenu plus longtemps encore de façon officielle à Reims. Son histoire a été écrite par de nombreux auteurs qui n’étaient pas historiens et ont contribué à forger une légende autour du personnage, particulièrement entre 1871 et 1914. Une légende qui a longtemps meurtri les descendants de ceux qui ont été injustement soupçonnés d’avoir livré l’abbé Miroy aux soldats prussiens.

Quelques mois après l’exécution de l’abbé Miroy, le 11 septembre 1871, s’est déroulée dans l’église de Châtillon-sur-Marne une imposante cérémonie en l’honneur des seize soldats du canton ayant succombé pendant la guerre contre les Prussiens. Le nom de l’abbé Miroy se trouve associé à celui de ces militaires. Quelle attitude Cucheriats et Belvatiers, leurs édiles en particulier, ont-ils observée en cette circonstance ? Les archives incomplètes ne permettent pas de l’appréhender. Notons au passage qu’aucun soldat cucheriat ou belvatier n’a péri dans cette guerre.

Ce sont les Rémois qui ont le plus œuvré afin que soit honorée la mémoire de l’abbé Miroy. Ils se sont recueillis nombreux sur la fosse où il a été inhumé avant que sa dépouille ne soit translatée dans une tombe individuelle que recouvre le gisant conçu par M. de Saint-Marceaux. Monument que ses commanditaires rémois ont pu financer grâce à une souscription publique13 et qui a été exposé en avril 1873 chez M.Coquet-Lallier, marbrier boulevard du Temple à Reims, jusqu’à son inauguration, le 17 mai 1873. La cérémonie a eu lieu en présence du père, de la sœur et quelques parents de l’abbé, entourés des autorités religieuses, civiles14, militaires de Reims et d’une foule immense. Depuis, de nombreux visiteurs ont été émus par cette œuvre représentant l’abbé qui vient de tomber sous les balles ennemies. Ce gisant n’a malheureusement pas fait prendre conscience à tout le monde de l’absurdité des violences de guerre. Pendant des décennies, de nombreux patriotes, revanchards ou non, ont voulu voir en lui un monument à la gloire d’un résistant victime de la cruauté des occupants allemands. On prendra soin de le mettre à l’abri lors des deux dernières guerres franco-allemandes.

A la fin des années 1870, un habitant d’Orcourt, Maurice Sibeaux, signe une lettre parue dans la presse qui attaque la mémoire de l’abbé Miroy. Au moyen d’une orthographe approximative, il avance :

« il est vrait qu’il y avait beaucoup à désire sur la Conduite de Labé Miroy comme Beaucoup de ses Confrerre le vin lui avais fait perdre la Tête Un Soldat qui Tombe frappé d’une balle Ses Camarades le Relève et vous messieus ses Confréres esse qu’il N’était pas un apôtre de la divinité un Seul d’entre vous pourrais il dire qu’illui a Tendu la main, au Contraire senserais détourné. Labé Miroy voulan se venger contre M.le Maire lenquaite a Tourné contre lui il avais distribué les fusile malgré Lotorité et dans de mauvais conditions, lui Seul a conduit les prussiens dans les maisons auquel il les avais déposé même en dehor du village donc il ses livré lui même il a Eté imprimé le drame de Cuchery Rempli de mansonge comme étant disposé à faire un Saint […] »15.

Les allusions de Maurice Sibeaux ne sont pas infondées, l’Eglise catholique n’a dit du bien de l’abbé Miroy qu’après sa mort. Le Bulletin du diocèse de Reims du 24 juin 1871 précisait déjà : « tout l’intérêt qui s’attache à la mémoire de l’abbé Miroy se concentre maintenant dans les dernières heures de sa vie ». Dans ce même bulletin, a été publié à deux reprises le récit titré Les dernières heures de l’abbé Miroy, sous la plume d’un autre prêtre, l’abbé Sacré, qui l’a assisté jusqu’à l’exécution et le présente comme un martyr.

Plaque dédiée à l’abbé Miroy. Cimetière du Nord. Reims © C Chevry

La mémoire de l’abbé Miroy resurgit avec insistance en 1896 à Reims qui fête par ailleurs le quatorzième centenaire du baptême de Clovis, acte fondateur de la France aux yeux d’une partie des Français, l’archevêque employant alors dans ses homélies l’expression « France, fille aînée de l’Eglise ». Paraît cette année-là l’ouvrage de l’abbé Cerf, Le livre d’or des actes de dévouement et de générosité qui se sont produits dans le diocèse de Reims durant l’invasion allemande. 1870-71. Parmi tous les prêtres qui y sont distingués pour leur charité et leur sacrifice, c’est l’abbé Miroy qui devient la figure emblématique mise en avant dans le diocèse. Le récit de ses dernières heures par l’abbé Sacré est repris dans le livre. Le 9 février 1896, jour presque 25e anniversaire de la mort de Charles Eugène Miroy, à l’appel du Souvenir français, se déroule une grandiose cérémonie honorant sa mémoire et celle des soldats et marins morts au service de la patrie. Une foule s’est rendue à la cathédrale et au cimetière du Nord. Un poème à l’abbé Miroy est déclamé sur sa tombe. La famille de l’abbé est représentée, sa sœur « pleure à chaudes larmes », rapporte le journal Le Courrier de la Champagne. Contre le mur où il est tombé, une plaque est apposée portant l’inscription « AU PATRIOTE L’ABBE MIROY ».

Le journal La Croix des 9-10 février 1896 rappelle à ses lecteurs qu’une de ses éditions précédentes avait annoncé la préparation de cet anniversaire à Reims et à Cuchery. Les Cucheriats l’ont-ils réellement célébré ? Eux qui, 25 ans après, ne pouvaient pas avoir oublié que leur curé avait été en premier lieu la victime du comportement de certains de ses paroissiens ? Des Cucheriats ont peut-être lu Le Courrier de la Champagne du 24 février 1896, publiant un « propos » signé « Un groupe de patriotes » qui leur était adressé, dans lequel on les appelle à rompre leur mutisme de 25 ans, à ne plus se laisser calomnier et à exiger que l’on rende publique l’enquête du parquet de Reims qui les a disculpés. Cet article cite les paroles que Modeste Bellot, maire de Cuisles, avait prononcées aux obsèques de Jean-Baptiste Sibeaux, le 26 octobre 1873 :

« Sibeaux a eu aussi et peut être plus que nous tous, de graves tribulations que lui a suscité l’invasion […] je ne peux m’empécher […] de flétrir […] une brochure intitulée Le drame de Cuchery […] cette œuvre mensongère au point de vue des faits racontés […] des noms qu’on y cite […]. Il fallait que ce fut un étranger au pays qui l’écrivit, non pas tant pour donner à M.Miroy, la victime imprudente et résignée, un souvenir de regret, mais en haine de Sibeaux, le défunt d’aujourd’hui que des dénonciations ténébreuses auraient voulu transformer en nouvelle victime […]. Au milieu de ces tribulations, fort de sa conscience et abrité par la justice […] vous avez vu Sibeaux s’éteindre avec calme et sérénité […] ».

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Le 13 mai 1896, lors d’un Congrès de la jeunesse catholique tenu à Reims, 300 jeunes gens se rendent au cimetière du Nord et vont prononcer des discours devant la tombe de l’abbé en y déposant une couronne. Entre le 20 et le 25 octobre 1896, c’est le tour d’une délégation du Congrès national des catholiques d’en déposer une autre.

A la mi-juin 1897, à l’issue d’une cérémonie organisée par L’Union des combattants et volontaires de 1870 se déroulant à Châlons-sur-Marne, un poète châlonnais, M Schmit, lit une pièce de vers en l’honneur de l’abbé Miroy.

En 1915, quand est publié dans la presse française le récit des « atrocités allemandes » exercées au début de la Grande Guerre, l’exécution de l’abbé Miroy est remémorée dans un article du Courrier de la Champagne, intitulé « Souvenirs utiles de 1870-1871 », en ces temps où la « barbarie teutonne » est de retour 16.

En 1954, le petit-neveu de l’abbé Miroy, M. Raymond Henrionnet, à la recherche de renseignements sur son grand-oncle est venu à Cuchery et dans une lettre du 2 mars, il écrit : « le pays ne nous a rien fourni comme indications, une sorte de gêne subsistant toujours depuis 1871, comme si les habitants actuels de Cuchery portaient encore la responsabilité de la dénonciation de leur curé aux Allemands ».

Germaine Chevry vers 1970 17© Collection particulière

Dans les années 1970, le souvenir de l’abbé Miroy reste un sujet sensible à Cuchery. Un siècle donc après sa mort, quelques familles autochtones gardant la mémoire d’une petite part de vérité sur le drame qu’il a vécu. Beaucoup ne retenant que la version « martyr de la résistance ». Le journal L’Union, qui est issu de la Résistance, les invite dans plusieurs articles à se souvenir de l’abbé Miroy lors du centième anniversaire de sa mort. Leur auteur, Daniel Pellus, accorde du crédit à la brochure de H. Vidal. Le calvaire désigné sous le nom de Croix du Balai est à cette époque associé à la mémoire de l’abbé Miroy. S’agit-il du calvaire cité par Stéphane Tison parmi les monuments commémoratifs de la guerre de 1870, dans son livre de 201118 ? Les archives prouvent qu’un calvaire avait existé en cet endroit à une époque bien antérieure.

Au début du XXIe siècle, il arrive encore que quelques Cucheriats entendent parler de l’abbé Miroy, quand défile un rallye touristique qui propose une enigme à résoudre le concernant. Depuis 2016, grâce à la création de l’association René de Saint-Marceaux, nous sommes invités à porter un regard sur l’abbé Miroy que l’artiste a admirablement immortalisé.

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NOTES

  1. Iconographie de l’abbé Miroy ↩︎
  2. D’après Le Discours d’ouverture du Docteur Jean-Baptiste Langlet : La vie et l’œuvre de René de Saint-Marceaux, dans Travaux de l’Académie nationale de Reims . Séance publique du 27 juillet 1927. ↩︎
  3. Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Catalogue général officiel. Exposition centennale de l’art français (1789-1889), Imprimerie L. Danel, Lille, 1889. ↩︎
  4. Site Internet : inventaire-chalons.grandest.fr ↩︎
  5. Le maire de Cuchery a dû sûrement être informé qu’à deux kilomètres de là, c’est à dire à La Neuville-aux-Larris, son homologue, Louis Remy Poussant, « a failli être fusillé parce qu’il a sauvé des Prussiens 42 fusils de pompiers ». Il a voulu réprimer le braconnage exercé avec les dits fusils; on a alors tiré sur lui. Maire pendant 20 ans, dont les 10 premières sous le second Empire, né hors du village, M.Poussant n’ y a pas compté de « cousins », mais plutôt quelques détracteurs qui lui ont reproché, après 1870, d’avoir été bonapartiste. Il s’en est défendu dans une lettre parue dans Le Courrier de la Champagne du 9 février 1881.

    ↩︎
  6. Avant cette affaire, selon H. Vidal, le maire aurait commis une infraction passible de la cour d’assises, l’abbé qui le savait l’aurait menacé de dénonciation. Il n’est pas prouvé que le maire haïssait à ce point l’abbé, il avait surtout peur que son comportement mette en danger la population. ↩︎
  7. Selon Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims. 24 février 1896. ↩︎
  8. Des sources militaro-judiciaires allemandes de première main sur l’intégralité du procès seraient utiles. Elles ont dû contenir la correspondance de l’abbé, retrouvée à Cuchery par les soldats allemands le 7 février, et qui, selon Victor Diancourt, avait fourni des éléments d’accusation. Des témoignages des soldats appartenant au peloton d’exécution seraient par ailleurs intéressants. ↩︎
  9. Lettre de l’abbé Miroy-1871 ↩︎
  10. Cliché extrait du livre de l’abbé Charles Cerf, Le livre d’or des actes de dévouement et de générosité qui se sont produits dans le diocèse de Reims durant l »invasion allemande.1870 -71, Société de Saint-Augustin, Desclée de Brouwer et Cie, 1896. ↩︎
  11. Jean Simon Dauphinot a raconté cette intervention dans ses Souvenirs du maire de Reims pendant la guerre franco-allemande. ↩︎
  12. Nous ignorons comment ce journal a pu parvenir à Cuchery, dans la mesure où, dans l’arrondissement de Reims, l’administration française des postes n’a repris son service que le 25 mars 1871 ↩︎
  13. La commande du gisant émane d’un groupe de citoyens désirant honorer l’abbé Miroy, mais pas de la municipalité. Ces citoyens ont chaudement remercié René de Saint-Marceaux, tel M. Ch. Richard qui lui a dédié un poème. ↩︎
  14. Victor Diancourt, le maire de Reims, républicain, y a prononcé un discours. Notons que René de Saint-Marceaux n’était pas présent à l’inauguration, il était déjà reparti en Italie. ↩︎
  15. Lettre datant du 21 janvier 1879, publiée dans Le Courrier du Nord-Est
    et republiée dans Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims, 28 janvier 1879. M. Sibeaux Maurice, son auteur, n’est pas en parenté directe avec Jean-Baptiste Sibeaux. Un des fils de Maurice Sibeaux, Antoine, admis à l’école normale d’instituteurs de Châlons en 1886, relèvera le niveau d’orthographe dans la famille.

    ↩︎
  16. Le Courrier de la Champagne 19 avril 1915. ↩︎
  17. Collection particulière. Germaine Chevry est la petite fille de Joseph Théophile Chevry que l’abbé Miroy fréquentait, « gardienne du souvenir » de l’abbé . ↩︎
  18. Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ? deuil, mémoire et traumatisme, 1870-1940, Presses universitaires de Rennes, 2011. ↩︎

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SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

Archives nationales. Documents concernant l’abbé Miroy, curé de Cuchery (Marne), Cote : AB/XIX/3199.

Archives municipales de Cuchery. Registres des délibérations du conseil municipal de Cuchery de 1800 à 1910 (consultées avant leur dépôt aux Archives départementales de la Marne).

Archives privées de la famille Henrionnet, descendante de la sœur de l’abbé Miroy.

Fonds iconographique de la bibliothèque Carnégie de Reims.

Bulletin du diocèse de Reims. Années 1870-72, 1891, 1899, 1909, 1912.

Etudes religieuses philosophiques, historiques et littéraires, publiées par la Compagnie de Jésus, 33e année, mai-août , Victor Retaux, Librairie-éditeur. Paris, 1896.

Congrès national catholique de Reims, Librairie Saint-Charles Borromée, Lille 1897.

Le Moniteur officiel du Gouvernent Général à Reims, 15 février 1871

Le Courrier de la Champagne : Journal de Reims, 8 avril 1873, 28 janvier 1879, 9 février 1881, 9, 10 et 24 février 1896, 4 février 1904, 19 janvier 1915.

L’Eclaireur de Est, 10 février 1896 2 et 19 mars 1896.

Le Messager de la Champagne, 14 février 1898.

Le Courrier du Nord-Est, 21 janvier 1879.

L’Indépendant rémois, 16 octobre 1886, 10 février 1896, 16 juin 1897.

LAvenir, 9, 10 février 1896, 15 février 1898.

La Croix, 9 et 10 février 1896.

L’Europe illustrée, 15 juillet 1878.

Le Rasoir, 29 juin 1873.

Travaux de l’Académie nationale de Reims 1913-1914, Tome 1er, chez L. Michaud, Reims, 1913.

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Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ? deuil, mémoire et traumatisme, 1870-1940, Presses universitaires de Rennes, 2011.

Maurice Vaïsse, La défaite. Etudes offertes à Annie Rey-Goldziger, Presses Universitaires de Reims, 1994

Henri Vidal, Le drame de Cuchery, deuxième édition, Reims, Matot-Braine, 1873.


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